Le catéchiste, témoin du Mystère

2ème congrès international de catéchèse Rome 2018

Du 20 au 23 septembre 2018, Emmanuelle Bigrat, animatrice en Pastorale catéchétique de la paroisse Saint-Jacques, Elisabeth Blouin, animatrice en Pastorale catéchétique de la paroisse Saint-Marien-en-Combrailles et Chantal Marchet, adjointe du Service Diocésain de la Catéchèse à Limoges, ont participé au 2ème congrès international de Catéchèse à Rome. Cette deuxième session s’est largement appuyée sur la deuxième partie du Catéchisme de l’Église Catholique : la célébration du Mystère chrétien … Que célébrons nous ? comment célébrons-nous ?

Dés l’introduction du congrès, Mgr Fisichella, nous a installés dans notre mission de baptisés, appelés à témoigner de Jésus Christ, d’annoncer la Bonne Nouvelle, d’initier au mystère de la foi !
Nous ? les délégations des 48 pays venant des 4 continents ! La délégation française représentait 57 diocèses, accompagnée par les évêques en mission auprès de la conférence des évêques de France pour le Service National de la Catéchèse et du Catéchuménat.

Pendant cette session, les conférenciers se sont attachés à nous démontrer qu’au fil du temps nous avons su trouver des définitions sauf pour le mot : Mystère. Nous savons qu’il est présent, il nous lie à la création. Aucune science ou technique ne peut nous aider à le définir. Le Père Grégory J. Polan nous a conduit à nous saisir des textes du Magister, en particulier lex Orandi, lex Credendi. (La foi de l’Église est antérieure à la foi du fidèle, qui est invité à y adhérer.  Quand l’Église célèbre les sacrements, elle confesse la foi reçue des apôtres. La loi de la prière est la loi de la foi, l’Église croit comme elle prie. La liturgie est un élément constituant de la Sainte et vivante Tradition) (CEC §1124).

La liturgie est le premier lieu de la catéchèse. Or nous constatons que la plupart des familles ne s’approprient plus ce rôle en fréquentant régulièrement le lieu où le Mystère se déploie, le dimanche lors de la célébration eucharistique ! Les catéchistes ont pour mission de susciter le désir de connaître, de rechercher où se dévoile ce Mystère en intégrant une catéchèse mystagogique sur l’initiation chrétienne. Mgr Francesco Cacucci  a insisté sur cette nécessité pour nous catholiques du XXIème siècle ! Cette session nous a permis de se saisir de la modernité de  la catéchèse des Pères de l’Église : St Hilaire « décrit le parcours du croyant devant le mystère de la foi » et St Ambroise « c’est la foi proclamée que tu as reçue ».

La deuxième partie du CEC décrit le baptême comme un engagement vers une connaissance toujours plus profonde du Mystère. Elle nous enseigne pour arriver à la contemplation dans la révélation du Verbe incarné. Tout est inséré dans le mystère. Il est la parole initiale et non la parole finale.
La mystagogie amène le croyant à rencontrer le Christ en le faisant entrer dans le mystère des sacrements de la foi. [CEC 1234 à 1245] Le Pape François nous rappelle souvent la dimension mystagogique et kérygmatique de la foi. « Pourtant, le salut des vieux est de donner aux jeunes la mémoire, c’est ce qui fait des vieux les véritables rêveurs de l’avenir ; tandis que le salut des jeunes est de prendre ces enseignements, ces songes, et de les porter en avant dans la prophétie. Pour que nos jeunes aient des visions, pour qu’ils soient eux-mêmes des rêveurs, pour qu’ils puissent affronter avec audace et courage les temps à venir, il est indispensable qu’ils écoutent les songes prophétiques de leurs ancêtres. Les vieux rêveurs et les jeunes prophètes sont la voie du salut pour notre société déracinée : deux générations d’exclus peuvent tous nous sauver » (« Dieu est jeune »).

L’intervention de Mme Schlosser nous a ouvert à la lecture de la vie chrétienne à la lumière du Mystère, révélé dans les sacrements reçus. Les mystères ne sont pas en opposition avec la connaissance, au contraire, ils doivent illuminer, et, ils participent de la plénitude de Dieu dans nos vies.
Mgr Andrea Léonardo a développé les notions d’initiation chrétienne et de catéchèse kérygmatique. Il nous a amené sur notre façon d’être catéchiste.  Un exemple : « les enfants ne savent pas faire le signe de croix ! » C’est oublié que le Christ est déjà là. Il ne s’agit pas de savoir le faire mais de « s’en énamourer » C’est proposer le bouleversement de la croix qui a révélé la venue de Jésus. Après l’annonce, on peut enseigner le geste en disant que c’est le signe de l’amour. Voici une initiation kérygmatique de l’annonce. Pourquoi parle-t-on d’initiation chrétienne ?

L’initiation chrétienne est le lieu d’une catéchèse kérygmatique.

Nous avons à nous inspirer de la catéchèse des adultes. Adultes dans le sens de celui qui a fini de grandir, la vie d’un autre peut devenir plus importante que la sienne (âge où on devient parent). La démarche de la catéchèse débute par l’évangélisation puis la réception des sacrements.
Mgr Léonardo n’a eu de cesse, par divers exemples, d’insister pour que nous délaissions une catéchèse qui infantilise, qui ne tient pas compte des questions des enfants. Ils sont intéressés par ce qui est grand, ils ont des questions métaphysiques. Ils sont capables de comprendre.  Certes, nous les perdons car ils sont dans un système d’éducation, scolaire qui les sociabilisent. Sans doute avons-nous tendance à oublier que la dimension sociale et culturelle est un tout dans l’annonce elle-même. L’Évangile a une dimension sociale, éducatrice ! La catéchèse kérygmatique leur permet de comprendre. Les catéchistes ne doivent pas confondre activité et expérience. L’activité occupe, l’expérience permet de découvrir, de comprendre. Il cite un exemple : « Il ne suffit pas de faire prier les jeunes. L’expérience est dans l’invitation à entrer dans une communauté qui prie. Commencer par découvrir le silence. Découvrir qui existe avant nous ».

Il nous invite à nous inspirer de la catéchèse des premières communautés. Le catéchumène participait au temps de la Parole, s’éloignait pendant l’eucharistie pour poursuivre leur catéchèse, puis rejoignait l’assemblée. Il conclue son intervention par ces mots : « celui qui approche la foi n’a pas à comprendre ce que les évangélistes ont écrit mais ce que Jésus dit ».

Ce deuxième congrès international a mis en exergue l’expérience du catéchuménat en France, pour l’évangélisation, avec l’intervention de Mme Bernier (déléguée épiscopale du diocèse d’Angers).
Avant qu’elle ne témoigne de cette richesse pour les autres catéchèses, Mgr Fisichella a recentré la posture du catéchiste : être catéchiste. « Sa parole est toujours annonce ! Dans ce monde qui vit dans l’ignorance, votre parole touche les gens qui attendent, même à leur insu. La première annonce c’est Jésus Christ mort et ressuscité par amour du Père qui donne son pardon à tous. Il suffit que la personne laisse ouvrir son cœur pour pouvoir être touchée. Le (la) catéchiste n’est pas être un maître, ce n’est pas un enseignant. Il (elle) catéchise ce qui est vécu, témoigne du pardon. Comment éduquer à la foi ? Avec patience – accompagner – amitié ». Le témoignage du catéchuménat présenté comme un défi pour l’évangélisation a touché l’ensemble des participants : « devenir néophyte c’est continuer d’interroger ».

Le catéchuménat nécessite un itinéraire, un cheminement. Cette démarche est reprise par le Texte National pour l’orientations de la Catéchèse en France. Elle nécessite un investissement fort de la part des formateurs, accompagnateurs, catéchistes.

L’enjeu pour les catéchistes est d’ouvrir le chemin des baptisés vers les autres sacrements, et de leur permettre de trouver un ancrage avec la communauté ecclésiale. La mystagogie, dernière étape de l’itinéraire catéchétique, permet aux néophytes de recueillir les fruits des sacrements reçus.

Ce congrès a tenu à présenter une autre forme d’évangélisation connue sur tous les continents : la piété populaire. Nous avons reçu le témoignage du Père Michal Legan de Czestochowa, de Mgr Santoro et de Mgr Taltavull Anglada, témoins de la force évangélisatrice qui existe dans la piété populaire. C’est une spiritualité incarnée dans la culture des plus petits, des plus pauvres. Elle est une manière de vivre la foi, de participer à l’Église, de devenir missionnaire. Où il y a sécularisation, il y a une expression populaire de la piété. Il faut répondre à la demande de religiosité exprimée dans la piété populaire. Elle nous amène à garder la mémoire du mystère pascal à travers des gestes, des temps particuliers. Elle nous amène à la rencontre du frère. Dans la catéchèse, dans la pastorale, nous avons à faire en sorte que la piété populaire s’ancre dans le Christ et l’Évangile. Nous devons veiller à ce que les « traditions » n’oublient pas leurs racines et ne deviennent que folkloriques. Elle peut permettre d’entrer de plain-pied dans la rencontre, la communion, la famille humaine, à devenir apôtre. N’oublions pas que la catéchèse a comme mission de faire raisonner une expérience chrétienne.

Lors de ce congrès, le Pape François s’est adressé à toutes et à tous les catéchistes du monde : « votre parole est une première annonce qui touche le cœur et l’esprit de nombreuses personnes qui attendent de rencontrer le Christ». Le Pape a rappelé que les catéchistes, qui viennent de 48 pays, dont beaucoup accompagnés de leurs évêques, reflètent « sur la deuxième partie du Catéchisme de l’Église catholique, qui touche le contenu important et fondamental pour l’Église et pour chaque chrétien, comme la vie sacramentelle, l’action liturgique et leur impact sur la catéchèse ».

Être catéchiste est une vocation pour la vie rappelle le Saint-Père, « celui qui a été mis au service de la Parole de Dieu, que cette Parole l’assiste tous les jours pour se transformer en sa nourriture ». Par conséquent, le catéchiste ne peut pas oublier, surtout aujourd’hui dans un contexte de sécularité grandissante, que sa parole est toujours une première annonce. « Réfléchissez à ceci : dans ce monde, dans ce domaine d’une telle indifférence, votre parole sera toujours une première annonce, qui touche les cœurs et les esprits de beaucoup de gens qui attendent de rencontrer le Christ. Même à leur insu, mais ils attendent».

Pas une leçon mais une communication d’une expérience

Une première annonce, continue le Pape François, qui « revient à dire que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour l’amour du Père, donne son pardon à tous, sans distinction de personnes, si cette personne ouvre seulement son cœur pour se laisser convertir ». Mais le catéchiste n’est pas un enseignant et la catéchèse n’est pas une leçon. « La catéchèse est la communication d’une expérience et du témoignage d’une foi qui allume les cœurs, parce qu’elle introduit le désir de rencontrer le Christ».

Pour conclure, le Pape François souligne qu’une catéchèse fructueuse « trouve sa force dans la liturgie et les sacrements » car « le mystère que l’Église célèbre, trouve son expression la plus belle et la plus cohérente dans la liturgie ». Et dans la vie de tous les sacrements, jusqu’au sommet de l’Eucharistie «le Christ devient contemporain de son Église : il l’accompagne dans les événements de son histoire et ne s’éloigne jamais de son épouse ». C’est lui, précise le Souverain Pontife, « qui se rapproche et se rapproche de ceux qui le reçoivent dans son corps et dans son sang ».

Chantal Marchet