Chrétiens d’Orient, de l’inquiétude à l’exil

Les patriarches orientaux catholiques et orthodoxes orientaux, entourant le pape François, le 7 juillet 2018 à Bari en Italie. Photo AFP / Alberto PIZZOLI

Le pourcentage de chrétiens au Moyen-Orient est passé de 20% avant la Première Guerre mondiale, à 4%, selon le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’union des chrétiens.

Les chrétiens d’Orient, dont le Pape a dit samedi craindre l’effacement de la présence dans une région où ils sont enracinés depuis les débuts du christianisme, sont des communautés minoritaires, confrontées à des conflits régionaux et à des attaques jihadistes.

Le pourcentage de chrétiens au Moyen-Orient est passé de 20% avant la Première Guerre mondiale, à 4%, selon le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’union des chrétiens.

Liban 

Les chrétiens libanais, essentiellement maronites, sont la deuxième plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. Le Liban, où le partage du pouvoir est fondé sur des quotas communautaires, est le seul pays de la région à être traditionnellement dirigé par un président chrétien.

Depuis l’indépendance en 1943, le système politique garantit une parité entre musulmans et chrétiens, alors que la communauté chrétienne est devenue minoritaire au fil des décennies. Elle représente aujourd’hui moins de 35% de la population, même si aucune statistique officielle n’est publiée à ce sujet en raison de la sensibilité de la question.

 

Egypte

Les coptes orthodoxes constituent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l’une des plus anciennes.

Ils représentent 10% des plus de 96 millions d’Egyptiens et sont présents dans tout le pays, avec des concentrations plus fortes dans le centre. Ils sont faiblement représentés au gouvernement et se disent marginalisés.

Les coptes sont depuis longtemps la cible de violences, aggravées depuis l’apparition d’organisations jihadistes comme le groupe Etat islamique (EI).

Depuis décembre 2016, plus d’une centaine de personnes sont mortes dans des attaques anti-chrétiennes revendiquées par l’EI.

En avril 2017, les coptes ont été visés lors d’attaques par des kamikazes contre deux églises qui ont fait 45 morts, en pleine célébration du dimanche des Rameaux, conduisant les autorités à déclarer l’Etat d’urgence. Le mois suivant, 28 pèlerins chrétiens se rendant dans un monastère ont été tués dans un attentat contre leur bus.

La communauté copte soutient le président Abdel Fattah al-Sissi, qui a fait du retour de la sécurité sa priorité.

Irak

Les chaldéens représentent la majorité des chrétiens d’Irak.

L’Irak comptait 1,5 million de chrétiens avant la chute de Saddam Hussein en 2003 et depuis la communauté s’est réduite, pour s’établir entre 400.000 et 500.000 personnes, selon le patriarche de l’Eglise catholique chaldéenne, Louis Raphael Sako, nommé cardinal par le pape fin juin.

Beaucoup de chrétiens irakiens ont fui les violences qui ont ensanglanté leur pays depuis 15 ans. Qaraqosh, qui était la plus grande agglomération chrétienne d’Irak, a été reprise à l’EI en octobre 2016.

Syrie

En Syrie, les chrétiens représentaient entre 5 et 9% des 22 millions d’habitants avant la guerre déclenchée en 2011. Mais selon l’évêque chaldéen d’Alep, Mgr Antoine Audo, la moitié des 1,5 million de chrétiens de Syrie auraient quitté le pays, fuyant la guerre.

Les chrétiens ont très souvent essayé de se tenir à l’écart du conflit, mais nombre d’entre eux ont pris le parti du président Bachar el-Assad, notamment par crainte de l’islamisme de certains groupes rebelles.

Ils ont été pris pour cibles par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui a eu recours aux enlèvements de masse et à la destruction d’églises avant qu’il ne soit chassé de tous les centres urbains d’Irak en 2017.

Territoires palestiniens et Israël

En Cisjordanie occupée et à Jérusalem, on dénombre près de 50.000 chrétiens, principalement implantés à Bethléem et Ramallah.

Lieu de naissance du Christ selon la tradition, Bethléem, à majorité chrétienne il y a un demi-siècle, est aujourd’hui à majorité musulmane. Mais les chrétiens ont un rôle central dans d’importants secteurs de l’économie palestinienne.

Dans la bande de Gaza, leur nombre est en baisse régulière, notamment depuis la prise du pouvoir par le mouvement islamiste Hamas en 2007.

Israël compte environ 160.000 chrétiens (2% de la population), dont près de 80% appartiennent à la minorité arabe formée des descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948.

Jordanie

Les chrétiens représentent 6% de la population jordanienne, évaluée à 9,5 millions d’habitants. Des chrétiens occupent des postes importants et cette communauté a droit à une représentation parlementaire.

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Venus à Bari, en Italie à l’invitation du Pape François, pour une journée de prière et de réflexion sur la situation des Chrétiens du Moyen-Orient, les patriarches orientaux catholiques et orthodoxes orientaux, ont saisi l’occasion pour appeler à une aide internationale au retour des réfugiés syriens dans leur pays. “Aidez-nous chez nous!” a lancé en particulier l’archevêque grec-catholique d’Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart qui a lancé une campagne “Alep vous attend” et qui considère l’exode comme “le plus grand mal qui soit” pour son Église.

Le pape argentin et presque tous les patriarches orthodoxes et catholiques des Églises du Moyen-Orient se sont retrouvés samedi dans la ville portuaire pour montrer leur solidarité avec les chrétiens d’Orient. François les a accueilli chaleureusement sur le parvis de la basilique où se trouvent les reliques de Saint Nicolas de Myre (Turquie actuelle), mort au IVè siècle et vénéré par les orthodoxes et les catholiques.  Après s’être recueillis dans la crypte des reliques, tous sont partis dans un mini-bus décapotable pour aller prier ensemble sur le front de mer, où des solistes ont chanté en arabe et en araméen.

Dans des propos introductifs, le pape a exprimé ses craintes de voir “effacée” la présence des chrétiens au Moyen-Orient, “défigurant le visage même de la région”. Un effacement opéré “dans le silence de beaucoup et avec la complicité de beaucoup”. “L’indifférence tue, et nous voulons être une voix qui lutte contre l’homicide de l’indifférence”, a-t-il lancé, évoquant une région “carrefour de civilisations et berceau des grandes religions monothéistes”, abritant “les racines de nos âmes”. Les dignitaires religieux se sont ensuite retirés à huis clos pour parler tour à tour des questions brûlantes de la région.

Pour le cardinal libanais Béchara Raï, le patriarche des maronites, les États occidentaux doivent désormais “encourager” les réfugiés syriens à rentrer en Syrie, “un droit de citoyen” qui doit être séparé du volet politique. Les gouvernements doivent “aider financièrement les gens chassés de leur terres à réparer leurs maisons” au lieu de “répéter qu’il n’y a pas la paix” au moment où “les bombardements sont extrêmement localisés”, a expliqué à l’AFP ce prélat. Pour lui, le Liban, rare pays de pluralité culturelle et religieuse de la région, est en train d’être “sacrifié” pour avoir ouvert solidairement ses portes à 1,750 million de réfugiés syriens sur une population totale de 4 millions d’habitants.

Il rejoint ainsi la position de ses proches interlocuteurs chrétiens de Syrie interrogés par l’AFP, comme l’archevêque grec-catholique d’Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart. “Le régime est une chose, le terrain une autre”, confie cet homme qui n’a jamais abandonné sa ville bombardée. Il a lancé une campagne intitulée “Alep vous attend”, finançant les retours grâce à des bienfaiteurs suisses.

Sur 170.000 chrétiens de la ville avant la guerre, il en reste peut-être 60.000, calcule-t-il. Ceux qui sont partis en Occident ne reviendront pas, ce qui n’est pas le cas des réfugiés des pays limitrophes.

Malgré les critiques, le régime syrien “a le mérite d’insister sur la laïcité, le pluralisme et l’égalité de tous les citoyens”, dans un pays mosaïque d’ethnies et de confessions, dit-il. Car la seule alternative, selon lui, est “un régime fondamentaliste musulman” dans un pays non préparé à la démocratie à l’occidentale.

‘Aidez-nous chez nous!’ 

“Ce qui m’empêche de dormir c’est l’exode, le plus grand mal qui soit pour notre Église et notre pays”, confie-t-il, ému, en jugeant qu’il n’est plus opportun d’organiser des “corridors humanitaires” vers l’Europe. “Certains pensent qu’avec un visa ils ont un billet pour le ciel, mais ils vont être un numéro parmi des dizaines de milliers de réfugiés. Maintenant que la sécurité est revenue, aidez-nous chez nous!”, a-t-il lancé.

Le patriarche syrien-orthodoxe Ignace Ephrem II, qui vit à Damas, juge que “l’Occident a été très focalisé sur un changement de régime, or notre plus grande crainte est de remplacer un régime séculaire par un gouvernement probablement islamique”. “En tant que chrétiens nous avons le sentiment d’avoir été abandonnés”, résume-t-il, “les programmes d’aide gouvernementale internationale ne nous parviennent pas, au lieu de nous aider, on nous accuse d’être des suppôts du gouvernement”.