Le mot du délégué diocésain à la solidarité n°11

Rencontre avec Jésus dans la crèche


Hier soir, je participais à une rencontre organisée par la mission ouvrière et l’ACO à La Souterraine. Nous rencontrions des personnes de chez GM&S. Pendant 2 h 30, elles partageaient avec nous leurs luttes passées et avenir. Pendant le trajet de retour, je ne pouvais pas ne pas faire le parallèle entre ce que j’avais entendu et ce que nous nous préparons à fêter dans la foi : la venue de Dieu sur terre sous la forme d’un petit enfant.

Nous allons méditer et nous méditons actuellement sur le mystère de l’incarnation. Dieu qui s’offre à nous dans ce qu’il y a de plus faible et de plus fragile dans notre humanité : un bébé. Dieu n’est pas venu dans un coup de tonnerre ou dans une grande magnificence. Il est venu sans faire de bruit, parmi les anonymes bergers. Jésus était à la merci des puissants de son époque. Sa famille a dû fuir la fureur d’Hérode et s’exiler en Égypte (Cf Matthieu 2).

Les 257 salariés de GM&S se sont battus pour le maintien de leur emploi. Ils ont combattu contre 2 multinationales françaises qui ont décidées de fermer cette entreprise. Ils ont combattu contre le laisser-faire des gouvernants (voir Egletons). Ils ont combattu contre des patrons voyous (certains ont des procédures d’instruction pour abus de bien sociaux et escroqueries). Ces personnes anonymes, ont réussi à faire parler d’eux, même si parfois les médias ont déformé leur lutte. Aujourd’hui, ils luttent pour que ce qu’ils ont fait ne tombe pas dans l’oubli, non pas pour eux mais pour tous les salariés dont l’emploi est menacé au nom de raisons obscures qui n’ont rien à voir avec le respect des hommes et des femmes qui travaillent.

Aujourd’hui les 120 personnes reprisent, nettoient depuis 3 mois leur usine. La production n’a pas encore repris. Le mode de choix de ces personnes est particulier. Ce n’est pas leur compétence ou leur situation familiale qui a été pris en compte, mais uniquement leur âge et leur ancienneté. Nous pouvons nous inquiéter pour l’avenir de cette entreprise.

Ces hommes et ces femmes sont comme la plupart d’entre nous des anonymes. Comme Jésus au moment de sa naissance, personne ne les connait. Comme Jésus dans la crèche, ils sont à la merci de décisions qui les dépassent. Comme Jésus adulte, ils se sont mis debout pour dénoncer l’asservissement des êtres humains au pouvoir de l’argent roi.

Les GM&S nous rappellent que l’argent est au service des hommes et non l’inverse. L’enseignement de la Bible ne dit pas autre chose. A nous chrétiens de le faire savoir. A nous chrétiens de proclamer que les êtres humains ne sont pas des machines et que Dieu est notre Père. A nous chrétiens de proclamer que nous sommes tous frères. Cette fraternité, les GM&S la vivent entre eux et plus largement avec tous les salariés dont l’emploi est menacé.

En ce temps de l’avent et dans le temps de Noël, puissions-nous nous vivre cette fraternité avec les plus faibles. Nous venons d’apprendre la fermeture du centre de tri de Limoges, nous entendons régulièrement que des emplois sont supprimés un peu partout sur notre territoire au nom de la mondialisation et du profit des actionnaires. Faisons que Noël soit la fête des êtres humains et non la fête de la consommation. Faisons que le jour de Noël, nous accueillions les plus pauvres comme nous accueillons Jésus pauvre et faible dans une mangeoire. Nous avons vécu la première journée mondiale des pauvres, poursuivons sur cette lancée en mettant au centre de notre fête les plus faible d’entre nous.

Un joyeux Noël à tous les êtres de bonne volonté.

Le 9 décembre 2017

Philippe Soulmagnon