Le mot du délégué diocésain à la solidarité n°5

QUE FAISONS-NOUS DE NOS FRÈRES ÉTRANGERS ? (suite)

 

Durant cet été ensoleillé, mon cœur a saigné plusieurs fois. Régulièrement, les informations nous faisaient part de migrants sauvés de justesse dans leur traversée de la méditerranée et chaque fois suivait un couplet sur leur trop grand nombre et le sentiment des européens d’être envahi.

 

De temps en temps Calais et sa jungle faisait la une par des décisions policières de répression, de délogement… Dernièrement, j’ai entendu un journaliste se demander comment nous allions « trier » ces migrants. Ce terme de trier m’a fait sursauter. Je trie des objets, des papiers… Eventuellement des éleveurs trient des animaux pour rentabiliser leur élevage. Comment peut-on trier des êtres humains ? Pour moi cela dénote un état d’esprit contre lequel nous avons à nous battre.

 

Ces personnes qui frappent à notre porte fuient des zones de guerres, de dictatures et/ou de grande misère. Bien souvent, ils fuient la mort et cherchent toujours à vivre dignement.

 

Je suis allé voir dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) que la France a signée en compagnie de 193 pays. Nous y trouvons à l’article 13 et suivant :

Article 13

  1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.
    2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14

  1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.
    2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.

Article 15

  1. Tout individu a droit à une nationalité.
    2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.

Je laisse au lecteur le soin de méditer les passages en gras. Ils me semblent suffisamment clairs et je trouve que notre état est en train de renier sa signature. Nous avons peut être une campagne de plaidoyer à lancer dans cette direction…

 

Je voudrai méditer avec vous le passage de l’Evangile de Matthieu au chapitre 16 (21-28)

Une femme étrangère vient harceler Jésus avec ses cris : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Les disciples dissent à Jésus : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Suit le dialogue suivant : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »

25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »

26 Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »

27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

 

Je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle entre ce passage de l’Evangile et ce qui se passe avec les migrants aujourd’hui, les migrants étant dans le rôle de l’étrangère, nous dans celui des disciples et nos états dans le rôle de Jésus.

 

Mais dans nos pays démocratiques, nous avons les administrations et le personnel politique que nous choisissons. Alors, à travers cette lecture, c’est que nous nous mettons à la place de Jésus, à la place de Dieu. Ce n’est pas notre place, ce n’est pas ma place. Notre place, ma place est celle du serviteur de Dieu. En ce moment, pour moi, Dieu frappe à notre porte de pays riche, Dieu frappe à ma porte et nous lui refusons d’entrer, je lui refuse d’entrer.

 

Mais si nous persistons dans cette vision de nous mettre à la place de Jésus, rappelons-nous la parole de conclusion de Jésus : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » et la conclusion de Matthieu est : Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Nous n’avons que deux choix, en fonction de notre position, soit nous agissons pour éradiquer de la terre les guerres, les dictatures, la misère, soit nous accueillons à bras ouvert les personnes qui frappent à notre porte. La vérité est sans aucun doute dans les deux choix simultanément. Mettons-nous à la suite de Jésus, changeons nos cœurs, changeons nos manières de vivre, quittons notre peur, faisons confiance à Dieu.

 

Bonne fin d’été, bonne rentrée scolaire

Philippe Soulmagnon

Le 23 Aout 2015


 

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