Année de la miséricorde

Homélie du 8 décembre 2015 – Immaculée Conception – Ouverture Année de la Miséricorde

La salutation de l’ange Gabriel nous conduit au cœur de ce que nous célébrons en la fête de l’immaculée Conception: «Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur_DSC4708 est avec toi» (Le 1,28). L’expression « comblée de grâce », pleine de grâce, ou plus simplement « graciée », témoigne qu’il ne s’agit pas d’un talent ou d’un mérite personnel, mais d’un exceptionnel don de grâce fait à Marie, ainsi que le pape Pie IX l’a défini par la bulle Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854 : « la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant (…) préservée intacte de toute souillure du péché originel » (FC 397).

Cette grâce, ce don gratuit de Dieu, et le « oui » de Marie qui lui répond, ouvrent le chemin du salut. Dans cet échange, tout est disposé pour que se réalise le dessein salvifique de Dieu par l’incarnation de son Fils, ainsi que l’exprime la prière d’ouverture de cette fête : « Seigneur, tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la conception immaculée de la Vierge ». Dieu tient sa promesse. Il est le Dieu fidèle, le Dieu qui renonce à la colère, le Dieu qui refait sans cesse alliance avec son peuple. « Le Seigneur est avec toi » exprime cette proximité et cette fidélité de Dieu. Le Seigneur est avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. A cette annonciation correspond, dans l’évangile de Luc, le cantique d’action de grâce de Marie lors de sa rencontre avec Élisabeth : « Le Seigneur s’est penché sur son humble servante (…), son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent (…), il se souvient de son amour, de la promesse faite à Abraham et à sa descendance » (Lc l,48ss). Son « amour », ou, pour traduire plus précisément le mot grec « eleos », sa « miséricorde ».

Le pape François nous propose de vivre un grand jubilé de la miséricorde, une année sainte extraordinaire « pour vivre dans la vie de chaque jour la miséricorde que le Père répand sur nous ». Cette année sainte est inaugurée aujourd’hui même à Rome par l’ouverture de la Porte Sainte. Elle durera jusqu’à la prochaine fête du Christ Roi, le 20 novembre 2016.

La miséricorde de Dieu ne se réduit pas au pardon. Certes, elle implique le pardon, mais n’en est pas synonyme. La miséricorde, écrit notre pape, est, dans l’Écriture, « le mot-clef pour désigner l’agir de Dieu envers nous » (MV9). La miséricorde, au sens biblique du terme, compose deux dimensions : d’une part un élan instinctif qui porte vers l’autre, un mouvement qui vient du cœur, une émotion qui vient des entrailles, du plus profond de la personne ; d’autre part une fidélité envers l’autre, quoi qu’il arrive. Une image illustre ces deux aspects à la fois : celle du bon pasteur qui part à la recherche de la brebis perdue, et qui, l’ayant retrouvée, la ramène au bercail. C’est l’image évoquée par le logo choisi pour cette année jubilaire : le bon pasteur ramène l’homme égaré, il le prend en charge, il le porte sur ses épaules.

Jésus, le Christ, exprime de manière suprême la miséricorde divine. Le titre même de la bulle d’indiction du jubilé, Misericordiae vultus, « le visage de la miséricorde », suggère que la miséricorde n’est pas une vertu abstraite de philosophe ou de moraliste, mais une attitude profonde du cœur qui se manifeste sous les traits d’un visage rayonnant d’amour. La miséricorde est manifestée par Jésus- Christ, dans ses paroles et dans ses actes. Jésus guérit les malades, délivre les possédés, pardonne aux pécheurs. Il se montre l’ami des pauvres et des petits, il manifeste de la compassion envers tous, il montre le visage de la miséricorde divine à travers tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait.

L’année jubilaire nous est d’abord offerte pour que nous fassions personnellement l’expérience de la miséricorde divine. Nous pourrons nous laisser saisir par l’amour du Père miséricordieux de la parabole, « touché de compassion » au retour de son enfant prodigue (Lc 15,20). Mais il nous faudra aussi entendre l’appel à vivre la miséricorde. Jésus nous y invite : « soyez miséricordieux, dit-il, comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). Tel est le chemin sûr qui mène au Royaume des cieux : la « pauvreté du cœur » est la première des neuf béatitudes du sermon sur la montagne (Mt 5,3). « Redécouvrons, écrit le pape François, les œuvres de miséricorde corporelle : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. N’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelle : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuse, prier Dieu pour les vivants et pour les morts » (MV15). Notre pape insiste sur l’urgence de témoigner de la miséricorde, sur l’enjeu missionnaire de ce témoignage, qui n’est autre que l’annonce de l’Évangile par une Église « en sortie ».

Si l’action du pape François est reconnue par tant de gens a priori peu favorables à la religion, c’est bien à cause des œuvres de miséricorde qu’il accomplit, depuis la visite aux naufragés de Lampedusa, jusqu’au récent voyage en Afrique, invitant tous les hommes à se réconcilier. Il nous faut entendre cet appel, et joindre nos forces à ce témoignage, afin que nos frères et sœurs qui l’ignorent puissent découvrir le visage miséricordieux du Christ qui vient à tous en bon pasteur, prêt à prendre sur ses épaules la brebis égarée pour la ramener au bercail.

Pour vivre cela, nous disposons d’une année entière. La porte sainte que nous venons d’ouvrir, sera pour nous, tout au long de cette année, un point de repère, un passage vers un espace salutaire d’écoute de la Parole, de prière et de pardon, notamment dans la célébration des sacrements. De tels moyens soutiennent notre démarche, mais nous devons nous rappeler que la Porte, c’est Jésus-Christ lui-même ! Il s’agit de repartir du Christ, comme je vous y invite sans cesse. Tout au long de cette année, laissons-nous conduire par celle qui la première, l’a accueilli en son sein virginal, Marie, que nous saluons et honorons comme « mère de miséricorde ».

+ François KALIST Évêque de Limoges


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