Après les ostensions de Saint-Junien

DSC05468Le diocèse de Limoges a vécu un grand moment de ferveur populaire avec la célébration, le dimanche 26 juin, des ostensions septennales de Saint-Junien.

Cette fête rassemble des milliers de personnes autour des reliques des saints Junien, Amand et Théodore, et d’un grand défilé de mille cinq cents acteurs costumés, évoquant de nombreux épisodes des Evangiles ou de la vie des saints évêques, ermites ou fondateurs vénérés en Limousin.

Depuis quelques années, les ostensions limousines sont inscrites sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Cette reconnaissance internationale invite à perpétuer une tradition qui remonte au moins au Xe siècle. Il s’agit de maintenir ce qui existe, sans renoncer à l’inventivité.
L’ostension, en effet, n’est pas la répétition immuable d’un rituel fixé une fois pour toutes. Elle se déroule, par nature, autour de la vénération des reliques des saints, mais comme toute manifestation populaire, exprimant l’identité et la sensibilité d’un peuple, elle connaît des variantes et des évolutions. Depuis 2002, plusieurs communes, en Haute-Vienne et en Creuse, ont relancé une dynamique ostensionnaire.
Il est convenu de rappeler que les ostensions associent le « cultuel » et le « culturel ». Cela permet d’assumer l’expression de la religion dans l’espace public. L’ostension, cultuelle par ses origines, intègre aujourd’hui nombre d’aspects culturels (reconstitutions historiques, spectacles, concerts, expositions et conférences), sans renier pour autant son identité première. On dit souvent que l’ostension donne un bel exemple de « vivre ensemble », et c’est vrai si l’on considère la diversité d’appartenance des personnes qui s’y impliquent, de tous âges et de toutes conditions, bien au-delà de l’Église rassemblée.
Croyants ou non croyants, pratiquants et non pratiquants, s’unissent pour préparer et animer la fête. Celle-ci n’est jamais exclusive, mais toujours ouverte à tous ceux qui veulent s’y joindre. Les confréries, les comités d’organisation, les communautés paroissiales, se rendent volontiers les uns chez les autres.

Quelques heures avant les ostensions de Saint-Junien, le Royaume Uni décidait de quitter l’Union européenne. Cette rupture manifeste la fragilité de nos liens, entre personnes, entre communautés, entre nations, même après de longues années d’histoire commune. Nous savons aussi combien notre société, si désireuse de trouver les chemins du « vivre ensemble », manque de repères. Il est d’autant plus nécessaire de lui offrir l’exemple d’événements festifs, sereins et recueillis, qui rassemblent des foules et donnent de vivre des moments de communion humaine et spirituelle.

+ François KALIST
Évêque de Limoges