Départ de notre évêque

Voici les mots que le Père Emmanuel Dangin a adressé au Père François KALIST lors de l’ouverture de la messe d’action de grâce pour son ministère épiscopal sur le siège de Limoges.


Cher Père,

Beaucoup vous l’auront déjà dit, vous nous quittez trop tôt !

Il nous a fallu un certain temps pour nous familiariser avec vos méthodes de travail, et tandis que nous nous étions apprivoisés mutuellement et voyions poindre un synode tant attendu et d’autres projets longuement mûris au tamisage de votre réflexion marquée par la prudence, voilà que l’Eglise vous appelle à exercer votre ministère de Pasteur en Auvergne…

Je me souviendrai longtemps, alors que j’étais au bureau du Conseil Presbytéral chargé d’élaborer les compte-rendus de session, votre réponse à mon premier brouillon : « excellent compte- rendu, bon esprit de synthèse, revoyez vos participes passés » ! J’ai alors compris que vous étiez un enseignant, ce qui est un des rôles de l’épiscope, et grâce à vous cher Père, nous avons été constamment renvoyés aux Constitutions Dogmatiques du Concile Vatican II sur l’Eglise et le ministère. Certes, nous les avions étudiées, au séminaire, mais là, vous nous les avez fait vivre dans le concret de la vie diocésaine…

Finis donc les dîners de travail à l’évêché avec le bureau du Conseil Presbytéral, ces bons moments partagés où nous avons pu apprécier votre rigueur et votre prudence intellectuelle et aussi votre grand humour. Merci d’avoir nourri notre vie spirituelle lors des journées de récollection que vous avez eu à cœur d’offrir aux prêtres de notre diocèse.

Si vous nous quittez trop tôt, vous ne nous laissez pas orphelins : (plaquette ‘éveillons nos communautés à la vie synodale’) vous nous laissez des devoirs de vacances… de vacance d’évêque bien sûr, afin que nous nous préparions à vivre, non pas exclusivement un autre synode, mais la synodalité en tous les conseils qui nous sont donnés dans nos paroisses, mouvements et services : laisser résonner et rendre compte de la voix de chaque baptisé pour ajuster notre manière d’être Église au cœur de ce monde présent. Vous nous ouvrez la voie, vous qui avez pris plaisir à faire vivre moult Conseils autour de vous afin d’exercer au mieux votre ministère, à nous de poursuivre.

Mais que soient rassurés les quelques espions Clermontois dissimulés dans notre assemblée pour apprécier à l’avance de quel bois ils seront chauffés cet hiver… Derrière ce caractère professoral et de grande rigueur intellectuelle se cache et se révèle un très grand cœur humain qui nous fait vite oublier vos quelques sautes d’humeur. J’ai pu personnellement le constater à plusieurs reprises tandis que vous étiez présent au Pèlerinage diocésain d’été à Lourdes avec les personnes malades et handicapées, mais aussi dans votre grande fidélité à nous rejoindre une ou deux fois par an à l’hôpital Esquirol. A chaque être humain éprouvé dans son corps, dans sa conscience, dans son chemin de vie, vous avez su donner le mot juste, l’attitude vraie, réconfortant chacun dans la foi, l’espérance et la charité. Je garderai le souvenir touchant de la Confirmation de Cathy, une femme adulte autiste, sans langage, de la Maison d’Accueil Spécialisée d’Isle, et votre manière si particulière d’entrer en relation avec elle. Les personnes malades et handicapées appréciaient beaucoup votre présence. Vous ne vous êtes jamais dérobé vis à vis des lieux et des situations où l’être humain est éprouvé, parfois défiguré, comme nous l’ont montrées vos diverses interventions auprès de la Préfecture en faveur des personnes migrantes accueillies sur nos paroisses du centre-ville ; ou encore votre présence régulière aux lieux de privation de liberté que sont les Maisons d’Arrêt, et tout dernièrement votre choix d’être au rassemblement de Lourdes « avec un handicap, passionnément vivant ».

D’autres que moi-même pourraient rallonger cette liste de votre présence aux réalités humaines de notre diocèse. Avec vous, nous clôturons cette année sainte vécue sous le sceau de la miséricorde. Ce sera toujours elle qui aura le dernier mot, face à l’épreuve du mal sous toutes ses formes. Ce sera toujours elle que nous annoncerons comme visage de Dieu.

Au nom de mes confrères prêtres, je vous dis merci pour ces années partagées durant lesquelles vous nous avez fait confiance dans le ministère. Puissent, ces années limousines, vous donner toute l’aisance nécessaire à la grande tâche qui vous attend au service du diocèse de Clermont-Ferrand et de sa province ecclésiastique. Notre pensée filiale et fraternelle vous y accompagne chaleureusement.


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