LETTRE AUX DIOCÉSAINS

• CHERS DIOCÉSAINS,
En ce début 2019, je souhaite une belle et sainte année à chacun de vous, vos familles, vos proches et viens vous donner quelques nouvelles.
Voilà 16 mois que je suis devenu votre évêque. Je suis très reconnaissant de l’accueil confiant et chaleureux que vous m’avez manifesté au jour de mon ordination épiscopale, mais également au long de mes visites pastorales dans les trente paroisses du diocèse. La dernière a eu lieu en décembre en la paroisse de Saint Léonard en Limousin (Saint Léonard de Noblat).


• DÉCOUVERTES
J’ai relu les 30 synthèses rédigées après chacune de ces visites, qui me donnent une bonne vision d’ensemble du diocèse, même s’il me reste encore beaucoup à découvrir. Voici quelques impressions que je vous partage, avec les limites de toute généralisation :
1. J’ai découvert des paroisses en bon « ordre de marche », des prêtres très investis dans leur mission, un nombre impressionnant de diacres, religieuses, laïcs engagés dans tous les domaines de la vie de l’Église. Les relations m’ont semblé apaisées entre les différents acteurs de la mission, même s’il y a toujours des efforts de charité ou de réconciliation à entreprendre pour que le témoignage rendu à Jésus-Christ soit plus manifeste.
2. J’ai eu la joie de visiter presque partout des églises en bon état, bien entretenues et ouvertes. C’est un beau cadeau de ces visites pastorales. Merci à tous ceux qui assurent cette tâche discrète et précieuse. Nos églises ne sont pas seulement une charge, elles sont un atout !
3. J’ai rencontré bon nombre d’élus. Les relations sont souvent cordiales et la laïcité vécue de manière paisible et positive chez les élus communaux. Le soin apporté à l’entretien et à la restauration des églises par les communes en est une manifestation.

    4. J’ai été très marqué par la place donnée à la dimension caritative, au service des plus pauvres : Service Évangélique des Malades ; aumôneries dans les maisons de retraite, hôpitaux, prisons ; Secours catholique, Équipes Saint-Vincent, Hospitalités de Lourdes, accompagnement des demandeurs d’asile, maraudes, Ordre de Malte, CCFD… C’est un beau visage de notre Église qui est donné !
5. La vie de prière est souvent encouragée, en particulier à travers les nombreuses équipes du Rosaire, les groupes bibliques, les heures d’adoration… À entretenir et développer, car se joue là beaucoup plus qu’il n’apparaît à l’œil nu !
6. En certains lieux, mais inégalement, en fonction des charismes, des forces vives, de l’histoire locale, j’ai été témoin d’un généreux investissement auprès des jeunes générations (catéchèse, aumôneries, mouvements de jeunes), d’initiatives originales au plan de la pastorale du tourisme et de la mise en valeur du patrimoine religieux, de belles réalisations en matière de communication, d’investissement dans la liturgie, le chant, le fleurissement des églises…

• PROJETS – QUESTIONS EN COURS
1. En ce qui concerne le gouvernement du diocèse, avec le conseil épiscopal, nous cherchons comment mettre en œuvre la synodalité. Étymologiquement, ce mot signifie le fait de « cheminer ensemble ». Il s’agit de faire converger toutes les énergies au service de la mission, parce que le Peuple de Dieu est « une nation sainte » (1 P 2, 9) et que, dans la diversité des vocations, des charismes, des compétences, les baptisés doivent s’exprimer, apporter idées et discernement au profit de tout le corps de l’Église, sous la responsabilité des pasteurs.
Le Conseil Pastoral diocésain en était une expression. Nous avons reçu les trois derniers secrétaires de ce conseil, j’ai enquêté auprès de quelques évêques, relu le résultat du sondage réalisé auprès des prêtres en janvier dernier. Même si les secrétaires successifs ont dit leur joie de ce travail, l’intérêt des sujets abordés et les impulsions données, il reste que la forme est un peu lourde : les élections pouvant conduire à envoyer des gens peu motivés, un assez fort taux d’absentéisme, un manque de communication et de synergie avec les autres conseils (épiscopal, presbytéral, économique), l’avis réservé de nombre de prêtres, tout cela m’a dissuadé de relancer ce conseil à l’identique.
Nous avons convenu de mettre en place une structure plus légère, chargée de faire vivre la synodalité sous des modes et avec des publics différents, en fonction des thèmes à aborder, pour mettre en oeuvre, en quelque sorte, une synodalité permanente. Ce travail est en cours et vous en serez informés.
2. Dans cette même perspective d’attention à la synodalité, nous avons proposé une rencontre des équipes pastorales des paroisses le 6 avril prochain à Solignac, dans un but de communion, de réflexion sur leur mission. Dans notre quotidien chargé, il est important de nous arrêter, de prendre du recul, d’entretenir l’esprit diocésain.
Dans le domaine de la formation, je me réjouis d’une bonne promotion de la formation « Tite », pour les chrétiens engagés dans les paroisses ou les mouvements et ser2
vices. Le diocèse doit par ailleurs être attentif à permettre que certaines formations soient décentralisées ou retransmises en vidéo-conférence, pour atténuer l’obstacle de la distance, du temps et du coût.
3. Comment relever le défi missionnaire, garder notre capacité d’initiative, malgré la situation de fragilité dans laquelle nous sommes ? Le Saint Père propose un « mois missionnaire extraordinaire » en octobre 2019. Je sollicite à cette occasion votre créativité ! Saurons-nous proposer des missions paroissiales, des cellules d’évangélisation, des cours Alpha ou tout ce que notre imagination nous dictera, à destination de ceux qui ne connaissent pas Jésus-Christ ? Plus nous annonçons la joie de l’Évangile, plus elle nous fait vivre !
4. La question du nombre et de l’âge des prêtres est évidemment une forte préoccupation pour nous tous. Je voudrais vous inviter fortement à prier pour les vocations sacerdotales, à en parler, à continuer d’accompagner et soutenir les prêtres, en ces temps compliqués. Dans les nominations que j’ai faites en fin d’année pastorale, j’ai favorisé autant que possible des « fraternités missionnaires » : tout témoignage de la communion, de la fraternité, chez les prêtres comme chez tous les chrétiens, est au service de notre annonce missionnaire et de notre sainteté.
5. Les nombreuses personnes migrantes présentes dans notre diocèse appellent notre attention et une charité inventive. Plusieurs belles initiatives que j’ai découvertes et quelques improvisations motivées par la générosité spontanée rendent nécessaires un travail de coordination plus concret en ce domaine, qui peut revêtir une dimension œcuménique. Marie-Françoise et Hervé Magne ont accepté de porter cette mission de coordination, je les en remercie.
6. Notre diocèse est essentiellement rural et le monde rural en Limousin est marqué à la fois par des initiatives enthousiasmantes en termes de solidarité, d’écologie, de développement, de recherche de nouveaux dynamismes, mais également par de fortes tensions, inquiétudes, souffrances, dont les manifestations d’agriculteurs ou des « gilets jaunes » sont le témoin. Comment l’Église peut-elle être un lieu de rencontre et de soutien, comment les questions des acteurs du monde rural peuvent-elles nous stimuler sur la manière d’être présents dans ces vastes territoires, comment y annoncer l’Évangile ? Pour nous encourager, un rassemblement national intitulé « Terres d’Espérances », organisé sous l’égide de la Conférence des Évêques de France se tiendra à Châteauneuf-de-Galaure en avril 2020. Il nous faudra réfléchir à notre participation et continuer de chercher ce que nous pouvons apporter ici et maintenant.
7. Le dossier de l’abbaye de Solignac est toujours en chantier… Une petite équipe ad hoc recueille les initiatives, sollicitations ou suggestions. Nous cherchons d’abord une communauté qui prendrait en charge l’abbaye dans sa dimension de pôle spirituel et de lieu d’accueil dont notre diocèse manque, mais examinons également toutes les idées qui pourraient venir en complément pour permettre de faire vivre et habiter ce grand et bel ensemble. Toutes les idées sont les bienvenues, votre prière également.
8. Les difficiles débats qui marquent l’actualité sociale nous interrogent et nous concernent, parce qu’il s’agit du bien commun et de la paix de notre pays. La fraternité, qui fait partie de la devise nationale, est également un élément constituant du patrimoine chrétien. Cela doit nous rendre attentif à apporter notre pierre à la construction de la cité. Nous sommes chrétiens et citoyens. Je voudrais vous encourager à prendre votre part, à ce titre, au « grand débat national » soit individuellement en participant aux réunions publiques ou en donnant votre contribution en ligne, soit comme groupe constitué, au niveau d’une paroisse ou d’un mouvement. De même que les chrétiens ont pris une part active aux états généraux de bioéthique, de même, éclairés par le regard sur l’homme et sur la vie en commun que nous puisons dans la tradition biblique, dans la doctrine sociale de l’Église qui en est issue, ne manquons pas cette occasion de faire entendre notre voix.

• CONCLUSION
Pour ne pas être trop long, je ne m’étends pas sur de nombreux autres sujets qui
concernent la vie du diocèse : la pastorale des jeunes, en cours de réorganisation ; le jumelage avec Ouahigouya ; la vie des confréries ; l’accueil de deux petites communautés (la « fraternité des serviteurs du Coeur de Jésus » au Carmel du Dorat, les « Bénédictines de la Miséricorde » dans la commune de Naillat) ; le beau jubilé qui vient de s’achever à l’occasion des 400 ans de la fondation du Carmel de Limoges ; la perspective de l’arrivée d’une communauté de sœurs de Notre-Dame de Bam (diocèse de Ouahigouya) au sanctuaire d’Arliquet ; les futurs diacres permanents et futurs prêtres en formation ; les services de l’économat, de l’enseignement catholique et de la communication renouvelés par l’arrivée de nouveaux responsables ; les regroupements des services diocésains et l’arrivée du Sillon à la Maison diocésaine ;
les projets immobiliers à l’étude et les gros défi s pour retrouver un équilibre de nos finances (merci à cette occasion à tous les donateurs du denier qui nous y aident par leur générosité). Tout cela tisse la vie de notre diocèse, avec ses mouvements et services, avec tous les acteurs pastoraux que vous êtes et pour lesquels je rends grâce de l’investissement fidèle et généreux. À contre courant de la mode, qui est au dénigrement, je rends grâce pour l’Église, pour notre Église diocésaine, malgré toutes ses imperfections (qui sont… les nôtres). Elle est le lieu où Jésus est annoncé et transmis, où, en Son Nom, les pauvres sont honorés. Continuons de l’aimer et de la servir. Notre monde en a besoin !
Je compte sur vous, sur vos initiatives, votre prière, votre générosité.
L’œuvre n’est jamais achevée. Avec vous, nous discernerons peu à peu comment la continuer pour la part qui nous revient, dans la fi délité à Jésus-Christ, à nos Pères dans la foi, dans la communion avec l’Église universelle. Je pointe d’ores et déjà comme urgence première l’annonce de Jésus-Christ auprès des jeunes générations, par le biais de la catéchèse, de l’éveil de la foi, des mouvements de jeunes, des aumôneries, de l’éveil aux vocations.
L’aventure de la sainteté à la suite de Jésus est un chemin magnifique, ne manquons pas de le proposer aux jeunes en le vivant nous-mêmes joyeusement et sérieusement, sans calcul de rentabilité immédiate, sans démissionner quand la tempête fait rage, sans nous laisser influencer par des discours défaitistes, à la suite de Saint Martial et de tous les saints limousins, sous la douce protection de la Vierge Marie. L’Espérance ne déçoit pas !

+ Pierre-Antoine Bozo
évêque de Limoges


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