Homélie du 15 janvier par le Père Blondel

La Parole de Dieu de ce dimanche  nous permet de nous souvenir de Mgr Léon SOULIER qui fut notre évêque de 1988 à 2000. Quelques uns d’entre nous avec le Père CHARTIER ont pu participer à ses obsèques en la cathédrale de Mende, son pays, le 30 décembre.

D’abord après le temps de l’Avent et celui de Noël voici le dimanche « ordinaire », habituel, le temps courant. J’aime rappeler le terme canonique qui qualifie l’évêque, il est « l’ordinaire du diocèse ». Pas un être extraordinaire, quelqu’un de simple, le serviteur d’une église dans sa vie quotidienne, dans cette tranche de son histoire, là pour ce lieu, actuel.

L’évêque est, chacun le sait, le « successeur des apôtres ». Parfois des enfants du catéchisme me demandaient : « de quel apôtre êtes-vous le successeur ? » Je répondais « des 12 », du collège des apôtres, de Saint Paul qui dans sa lettre aux Corinthiens se présente comme « appelé par la volonté de Dieu à être apôtre ». Oui le Père Soulier il a été appelé pour être notre évêque, appelé et envoyé, il a reçu l’imposition des mains et il nous a permis de vivre notre vocation, nous qui « sommes appelés à être les saints de l’Église de Limoges ». C’est de ce ministère que nous rendons grâce. Bien sur nous nous souvenons de la manière, à lui dont il l’a exercé avec son caractère, sa personnalité, mais d’abord nous saluons dans la foi sa fonction, ce rappel  qui nous constitue peuple de Dieu, qui fait que nous ne sommes pas une association tirant sa légitimité de l’adhésion de ses membres, de leur nombre, de leur valeur et du règlement des cotisations, même si nous avons a être fidèles au denier de l’Église. Nous sommes le corps du Christ, le sacrement de sa présence et de son salut pour cette société, cette époque ; c’est notre grâce, c’est aussi une charge. Le Père Soulier nous a permis cela en étant pour nous le signe de l’unité et de la continuité de la foi apostolique transmise depuis les 12 et Martial. Évêque il a reçu le sacrement de l’ordre dans sa source  pour que la source sacramentelle reste vivante, dans le baptême, la confirmation auxquels sont liées la réconciliation et l’onction des malades pour la vie du corps et bien sur l’eucharistie et les ministères ordonnés  de prêtre et de diacre, vitaux

Après la lecture de l’épître aux Corinthiens  nous rejoignons aussi le texte de l’évangile de ce dimanche. Quelque part (comme on dit fréquemment aujourd’hui) l’Évêque c’est Jean Baptiste. C’est  lui qui au sein du Peuple de Dieu dit « voici l’agneau de Dieu », qui le désigne. Il est venu, il vient, il est le sauveur, ne le perdez pas de vue, fixez votre regard et votre cœur sur lui, soyez ses disciples, vivez son évangile. A vous ensemble d’être signe par vos engagements, par la fraternité, par la présence. C’est votre mission, votre définition pour ce monde.

Monseigneur Soulier a rempli sa mission tel qu’il était, avec  sa personnalité, son caractère, avec  ses dons et aussi ses limites ; cela fait partie de la foi chrétienne que ce soit par des hommes et des femmes que Dieu se donne à voir, que l’Évangile se propose, Dieu en a pris le risque. C’est une responsabilité lourde, cela demande humilité et courage.

Il n’est pas difficile pour beaucoup d’entre nous d’évoquer ce que fût le style, la modalité, la note donnée par le Père Soulier à son épiscopat. La note de musique de son accent ; la lumière de son regard et de son écoute, vraiment accueillant et intéressé par la vie de chacun ; lumière facilement malicieuse et toujours souriante.  Probablement peut-on dire que c’était un homme simple, ce qui permet la communication, ce qui est aussi le signe d’une certaine unité de vie. C’est un peu compliqué de vivre avec des gens compliqués. Ce n’était pas le cas. Nous évoquons aussi sa solidité, sa ténacité, elles furent fort actives dans l’application des orientations du synode diocésain de 1985 et spécialement dans la mise en place de la réforme des paroisses.  Nous lui en devons un infini merci. Et bien sur Saint Martial n’a jamais eu  désir d’effacer l’archange Saint Michel comme certains à un moment l’ont soupçonné.

Nous évoquons tous ces traits et voila que les esprits chagrins disent : c’est toujours la même chose, quand quelqu’un est mort on ne  se souvient que de ses  qualités. En fait, heureusement car c’est Dieu lui-même qui  s’en souvient, et ça s’appelle la vie éternelle. D’abord parce qu’Il nous regarde et nous accueille avec une infinie miséricorde (nous avons passé une année entière à nous en souvenir), donc au moment de la mort d’un frère nous pouvons le confier avec les limites de sa vie à cette miséricorde. Ensuite il ne reste que les qualités et elles vont composer notre corps ressuscité. C’est avec elles que nous sommes appelés à la vie éternelle, c’est bien avec elles et à partir d’elles que nous brillerons pour l’éternité dans le soleil de Dieu. C’est  parce qu’elles  nous ont demandé  des luttes et des efforts pour les développer que la robe de notre baptême devient notre robe de sainteté et qu’ainsi le Père Soulier a rejoint « tous les saints du diocèse de limoges » qu’on fête le 8 novembre chaque année.

 

C’est dans le même esprit  que maintenant nous attendons notre nouvel Évêque. Un esprit de foi et de confiance. Nous avons capacité à témoigner de l’Évangile, nous avons capacité à discerner les signes des temps et les appels, nous avons capacité à nous adapter, à changer, pour être fidèles et servir nos contemporains. Cela nous le recevons par grâce, évidement car nos qualités seraient insuffisantes. Le ministère de l’Évêque est le signe et le rappel  de ce don qui nous constitue et nous envoie ensemble.

Saint-Michel-des-Lions – Limoges

Dimanche 15 janvier 2017

Mgr François BLONDEL