Vœux pour la nouvelle année

Au seuil de l’année 2016 reviennent les vœux que nous échangeons à chaque nouvelle année : paix, santé, bonheur, prospérité. Vœux sans doute sincères, mais soumis à l’épreuve, en 2015, d’une actualité qui force au réalisme. Les conflits s’exportent aussi facilement que les marchandises et le terrorisme peut frapper n’importe où. La législation, encore en débat, sur la fin de vie, rappelle la fragilité de notre condition humaine. Les bonnes résolutions de la COP 21 exigent une conversion rapide de nos manières de consommer, qui renverse la tranquille assurance de nos conforts illusoires. La crise économique persistante nous éloigne toujours plus des années glorieuses du plein emploi et de la croissance indéfinie.

L’année 2016 sera marquée, dans le diocèse de Limoges, selon une tradition séculaire, par les ostensions septennales. Celles-ci s’annoncent fort différentes de celles que nous avons célébrées en 2009, tant le contexte social a changé, manifestement plus tendu aujourd’hui qu’il ne l’était il y a sept ans. Aux nombreux rendez-vous déjà programmés s’est ajoutée l’invitation du pape François à vivre une année de la miséricorde, inaugurée le 8 décembre dernier, et qui se prolongera jusqu’au 20 novembre suivant.

Cette proposition d’une année jubilaire, en plein marasme économique et social, doit être accueillie et vécue comme un grand signe d’espérance. Je souhaite que chacun puisse faire personnellement l’expérience de la rencontre avec le Père miséricordieux, et puisse lui rendre témoignage, comme y invite notre pape, par des œuvres de miséricorde, tant corporelles que spirituelles.

Pour relever les défis de notre temps, et pour vivre pleinement la prochaine année ostensionnaire selon le thème que j’ai proposé dans ma dernière lettre pastorale, je formulerai trois vœux, qui se résument en trois mots : lucidité, courage, confiance. Je souhaite que tout au long de cette année nous puissions porter un regard lucide sur le monde qui nous entoure. Que l‘Esprit-Saint nous donne la grâce d’un bon discernement, d’un choix éclairé dans les décisions que nous aurons à prendre, d’une juste attitude dans l’exercice de nos responsabilités. Trop souvent nous allons de l’avant sans prendre le temps de l’observation et de l’écoute, de la réflexion et de la prière.

Je souhaite que nous puissions parler et agir avec courage, en toute circonstance. Porter un regard lucide sur notre monde ne saurait conduire à la nostalgie ou au passéisme, non plus qu’au rêve ou à l’utopie. Cela requiert de s’engager, dans ce monde ci, bien concret, ce monde que le Fils de Dieu a rejoint dans sa chair. Cela implique de prendre des risques et de rester toujours prêt à en payer le prix, comme lui-même l’a fait, jusqu’à la croix. Il est plus que jamais nécessaire, notamment, de développer le dialogue dans notre société, avec les divers courants de pensée, les projets alternatifs, les autres religions. On ne saurait construire le « vivre ensemble » dans la recherche obstinée du semblable, dans le refus de l’autre, dans l’exclusion du différent, de l’étranger, du réfugié.

Je souhaite enfin que nous puissions garder confiance, car tout n’est pas que vertu et persévérance, effort et détermination. Dans les premiers versets de l’Évangile selon Saint Luc, autour de la fête de Noël, nous entendons : « sois sans crainte, Zacharie » (Lc 1,18) ; « sois sans crainte, Marie » (Lc 1,30) ; « soyez sans crainte », dit encore l’ange aux bergers (Lc 2,10). N’ayons pas peur ! Devant les difficultés et les obstacles du XXIe siècle, gardons confiance en Dieu, gardons confiance en nos saints intercesseurs.

Sainte année jubilaire à tous et à toutes ! Ma prière vous accompagne.

+ François KALIST
Évêque de Limoges