35 ans du jumelage d’Isle avec Gunzenhausen

Église d’Isle – 8 juin 2019

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Évidemment, le récit de la Pentecôte, dans le livre des Actes des Apôtres, est un signe magnifique pour cette rencontre, œcuménique d’une part et polyglotte d’autre part. Écoutez la  fin du passage : « … romains de passage, juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabe, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu ».

À Jérusalem, le jour de la Pentecôte, il y avait de nombreuses et infranchissables différences de langue, mais aussi des différences cultuelles.

Je relève dans ce beau récit, lié à l’actualité liturgique, deux points marquants et suggestifs pour nous, en ce jour de l’anniversaire du jumelage  d’Isle avec Gunzenhausen.

1 – D’abord, c’est que le miracle de la Pentecôte est proprement un anti-Babel. A Babel, dans le récit de la Genèse, les hommes sont unis par l’orgueil.  Cette unité s’ancre dans une langue commune, qui leur permet d’œuvrer pour essayer de construire une tour qui atteindra le Ciel. La langue commune est au service d’un projet qui échoue. Il échoue parce que nous ne pouvons pas atteindre Dieu par nos propres forces. Nous ne pouvons pas « devenir comme des Dieux », ainsi que le proposait le Serpent à nos premiers parents. L’unité du genre humain, l’unité entre les peuples, l’unité entre chrétiens, ne se trouvera jamais au bout de nos efforts politico-diplomatiques, aussi nécessaires soient-ils.

C’est une unité qui nous est donnée, que nous avons à accueillir en accueillant Jésus. Le jour de la Pentecôte, l’unité se fait justement par le don de l’Esprit. Et nous voyons que cette unité n’a rien d’une unité formelle, imposée, uniforme, comme ont pu en rêver certains dictateurs à toutes les époques.

À Jérusalem, l’Esprit Saint n’a pas inventé l’Esperanto. Il a permis que chacun comprenne les Apôtres dans sa propre langue. L’unité à laquelle Dieu Trinité nous appelle est à son image : une unité dans la différence. Vous savez d’ailleurs que c’est devenu la devise de l’Europe : « unis dans la diversité »… Demandons à l’Esprit Saint de n’avoir pas peur de ces différences de langue, de culture, de sensibilité, d’histoire : avant d’être un obstacle, elles sont un chemin vers une unité qui nous dépasse, qui nous appelle, qui est l’œuvre de l’Esprit, si nous le laissons agir.

2 – Le deuxième point que je relève dans ce récit, c’est que ce que la foule cosmopolite réunie à Jérusalem réussit à comprendre malgré les différences de langue, ce n’est pas n’importe quoi : « tous, nous les entendons parler dans nos langues les merveilles de Dieu ». L’histoire nous montre assez qu’on peut s’unir pour faire le mal – je ne sais pas d’ailleurs si le verbe « unir » convient alors. Mais ici, ce  qui est compris par tous, c’est le récit des merveilles de Dieu. Unis par l’émerveillement, par la louange, par l’adoration ! Unis pour et par un but gratuit, non mercantile, positif.

C’est peut-être cela aussi l’esprit d’un jumelage. Ce n’est pas du commerce, ce n’est pas du donnant-donnant. C’est gratuit et beau comme la fraternité. Ce l’est d’autant plus que ce jumelage concerne des villes de deux pays, la France et l’Allemagne, qui se sont fait la guerre à trois reprises en 75 ans. La coïncidence avec le 75° anniversaire du débarquement allié en Normandie nous rappelle que nos deux pays – marqués profondément par la culture chrétienne – qui se sont tant détestés, tant entretués, ces deux pays connaissent la paix depuis 75 ans. Et ils connaissent non pas une paix qui est une absence de guerre, une neutralisation mutuelle, mais une paix voulue, constructive, fraternelle, comme les nombreux jumelages franco-allemand le montrent à l’envi, comme le projet de l’Union Européenne, voulu par des chrétiens, le montre encore.

Nous sommes appelés donc ce soir à invoquer l’Esprit Saint pour qu’il nous aide à grandir dans une fraternité qui ne craint pas la diversité, mais qui sait au contraire y trouver du sens et sait que nous n’en comprendrons et aimerons pleinement la signification que dans le Royaume.

Et nous sommes également appelés à invoquer l’Esprit Saint pour qu’Il nous aide à ne jamais devenir des prophètes de malheur, mais bien plutôt des chantres des merveilles de Dieu : ce sont elles que nous voudrions faire connaître et aimer ensemble. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut jamais dénoncer le mal, qu’il faut voir la vie en rose façon « méthode Coué », éviter les « sujets qui fâchent » et ignorer les difficultés. Mais l’Esprit nous fera préférer unir que diviser, rendre grâce que dénoncer, bénir que maudire.

 

† Pierre-Antoine Bozo