Épiphanie 2019 (Cathédrale Saint-Etienne)

Dimanche 6 janvier 2019

Dans vos crèches, vous avez mis trois rois mages, Melchior, Gaspard et Balthasar. Vous avez remarqué que l’Évangile selon Saint Matthieu, il n’est ni question de 3, ni de rois, ni de leurs prénoms. Ce sont les pères de l’Église puis la tradition qui ont brodé sur ce récit. Matthieu parle simplement de mages venus d’Orient. Magoi. Imaginons donc qu’ils sont des rois, rien ne nous l’interdit. Mais ils ne sont pas les seuls rois en présence. 

– Il y a d’abord le premier roi mentionné dans notre passage : le roi Hérode. 

– Ensuite, admettons que les mages sont des rois et regroupons les en un seul groupe.

– Enfin, il est question du « roi des juifs » que les mages sont venus adorer, c’est l’enfant Jésus.

– Commençons par le roi Hérode. Hérode le Grand. Selon l’évangile il n’est pas si loin de l’attitude des mages : lui aussi cherche à savoir, à connaître le lieu et le temps de la naissance de ce roi des juifs. Il a même quelques atouts par rapport aux mages : il est sur place, l’enquête est donc plus facile pour lui. 

Mais au contraire des mages, il ne le cherche pas par goût de la Vérité, mais par goût du pouvoir. Un goût du pouvoir qui engendre la peur, la rivalité. Il manigance, il intrigue, il veille jalousement sur son petit bout de pouvoir. Il a déjà fait exécuter trois de ses fils pour ne pas avoir de rivaux. Et puisque les mages sont repartis sans lui donner les informations attendues il fera tout simplement assassiner tous les enfants de moins de deux ans, pour éliminer celui qu’il imagine comme un rival.

Sa cruauté sanguinaire nous le rend antipathique. Mais, toutes proportions gardées, nous sont-elles aussi antipathiques nos propres pensées de puissance, et tous ces petits intérêts tellement terrestres, à quoi nous sommes capables de sacrifier si facilement le goût de la vérité ?

– En face d’Hérode, voici donc les mages. Nous ne savons pas grand chose d’eux, mais nous savons l’essentiel : ces savants cherchent la lumière de la vérité. Ils vont la découvrir, au prix d’une longue route. Ils vont, scrutant le ciel, fixant les yeux sur une étoile, une étoile parmi des myriades d’étoiles. Leur science a accepté de ne pas être toute puissante. Ils ont fait confiance, ils ont persévéré.

Tout cela pour découvrir quoi ? Un petit enfant dans une étable obscure… Ils acceptent que la vérité ne soit pas éblouissante. Ils ne vont donc pas la chercher dans les dorures du palais d’Hérode, mais dans l’humilité de la crèche.

Et puis enfin, il y a le troisième Roi, Jésus. Quel paradoxe : c’est Hérode qu’on appelle « le Grand », dans l’Évangile. Il a été grand et puissant aux yeux des hommes. Mais la vraie grandeur, c’est celle de ce petit enfant de la crèche. Si fragile et si pauvre. « Jésus, écrivait Pascal dans une de ses magnifiques Pensées, n’a point donné d’invention, il n’a point régné (…). Oh ! Qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence, aux yeux du cœur, qui voient la sagesse ! ».

Devant la crèche, nous sommes tantôt des mages, tantôt Hérode. Tantôt cherchant Dieu avec un cœur sincère et désintéressé. Mais allons-nous vraiment au bout de notre quête ? Ne nous arrêtons-nous pas en chemin, de peur que ça nous emmène trop loin ? Tantôt calculant nos petits intérêts étroits plutôt que de chercher la vérité et de nous prosterner devant elle.

Que les mages de la crèche nous aident à comprendre que nous sommes faits pour la joie du salut, pour la joie de la vérité, pour la joie de l’Évangile plutôt que pour la recherche de nos intérêts immédiats, de notre petit confort ou de notre jouissance. « A la vue de l’astre, ils se réjouirent d’une très grande joie ». La joie de celui qui a trouvé et qui a été trouvé ! Qu’elle soit vôtre durant toute cette année. 

 

+ Mgr Pierre-Antoine Bozo