Homélie de la fête de la Sainte Famille

Fête de la Sainte Famille 2019

27 décembre 2019

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La Sainte famille est une famille étonnante. Une mère Vierge, un père qui ne l’est qu’en partie puisque son fils a été « conçu du Saint Esprit », et un fils qui va surprendre son monde et donner du fil à retordre à ses pauvres parents. Une famille marquée aussi par les épreuves, à commencer par la peur et l’exil au moment même de la naissance de Jésus, comme nous venons de l’entendre.

Bref, cette sainte famille est à la fois originale, parce qu’elle est la famille du messie d’Israël, et pourtant elle est tout à fait commune : quelle famille ne connaît ni soucis ni accidents ?

On pense parfois que la famille untel est une « famille modèle ». Mais les familles ne sont « modèle » que de loin, de l’extérieur. Elles ont toutes leurs tourments, leurs turpitudes, leurs incohérences.

S’il y a une famille modèle, c’est celle que forment Marie, Joseph et Jésus. Qu’a-t-elle donc à nous dire, en quoi est-elle un modèle ?

– Elle nous dit d’abord que la famille est un élément, une condition indispensable de notre humanité et de notre humanisation. Quand, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, on s’est interrogé sur l’identité de Jésus, on a insisté sur le fait qu’il était vraiment homme, qu’il a assumé notre humanité toute entière, pour la sauver. Et l’on disait : « tout ce que le Christ n’a pas  assumé, n’est pas sauvé ».

Et bien, dans ce premier dimanche qui suit Noël, nous voyons ceci : pour que le verbe se fasse chair, pour qu’il se fasse vraiment homme, il a eu besoin d’une famille. Elle n’est pas anecdotique. La Sainte famille dit la dimension incontournable de la famille pour notre humanisation. Pourquoi ? Parce que cela fait partie du projet de Dieu. Rousseau, quand il s’interroge sur l’origine des institutions, reconnaît au début du Contrat Social que la famille n’est pas le résultat d’un contrat (I, 2) : « la plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille ». Il n’y a pas de principe antérieur à la famille.

Le bienfait de la famille est probablement lié au fait que dans la famille, justement, il n’y a pas de « contrat social ». Pas de contrat entre les parents et les enfants, ou avec les grands parents. Dans la conception chrétienne, il n’y a pas de contrat non plus entre les époux, mais une alliance, un don irrévocable. Et en dehors des époux, personne ne s’est choisi. Les enfants sont donnés aux parents, les frères et sœurs sont donnés les uns aux autres. Et donnés comme ils sont : bien portants ou handicapés, tristes ou joyeux. La famille est un lieu où l’on fait l’expérience d’être accueilli pour soi même, où l’on n’a pas à faire ses preuves. Ce n’est pas par hasard qu’elle est n° 1 au box-office des priorités des français.

La famille est tellement importante que même le fils de Dieu a eu besoin d’une famille humaine. Voilà pourquoi elle doit être protégée et défendue contre tout ce qui l’abîme. Voilà pourquoi les divisions et les déchirements qui minent parfois nos familles sont une si grande souffrance. Regardons quelle peut être notre responsabilité dans ce qui abîme la famille, notre famille : un pardon que nous refusons de donner, une rancœur que nous entretenons indéfiniment, une jalousie qui nous mine, des manques d’attention.

Mais ce que la fête de la Sainte famille nous montre avant tout, c’est que nos familles humaines ne sont qu’un reflet lointain et bien pale encore de notre vraie famille : la famille de Dieu. C’est dans cette famille que Jésus est venu nous introduire.

Ça ne va pas de soi de comprendre que Dieu est non seulement un créateur, un grand architecte de l’univers, mais qu’il est surtout et d’abord un Père, un Père aimant qui rassemble en lui toutes les qualités paternelles et maternelles réunies comme nous le montre toute l’histoire sainte. Mesurons l’audace de dire dans notre prière : Notre Père. Nous «osons dire »…

La sainte famille nous montre donc que si la famille est un lieu d’humanisation incontournable, elle est aussi un chemin vers notre vraie et définitive famille qui est celle de Dieu. Voilà pourquoi certains sont appelés à quitter père et mère pour se donner complètement à Lui. Voilà pourquoi toute homme et toute femme doit d’abord être considéré par nous comme un frère ou une sœur.

Tout ce que nos familles ont d’abîmé et de blessé, demandons aujourd’hui à Jésus de venir le guérir et le sauver. Et tout ce que nos familles ont de beau, d’important pour nous, demandons de le voir comme un chemin vers une réalité plus élevée encore, vers la famille de la Trinité qui est notre vraie et définitive famille à laquelle tous les hommes sont appelés à participer, même ceux qui sont privés d’une famille humaine. Amen.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo