Homélie de la fête de sainte Geneviève

Messe de la Sainte Geneviève – église des Saints Anges

13 décembre 2019 – Vendredi 2° semaine de l’Avent

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Que je sache, les gendarmes ne sanctionnent pas les gloutons. Pas de PV pour ceux qui ont trop mangé. En revanche, les gendarmes sanctionnent les ivrognes. L’état d’ébriété sur la voie publique est passible d’amende et plus encore au volant, puisqu’il met en danger la vie des autres.

Dans l’Évangile de ce 2° vendredi de l’Avent, vous l’avez entendu, Jésus est assimilé par la foule à « un glouton et un ivrogne ».  Les forces de l’ordre ont aujourd’hui le moyen précis de contrôler la réalité l’état d’ébriété. La foule, elle, se contente de suggérer que Jésus est un glouton et un ivrogne, parce qu’il se mélange aux pécheurs.

Je ne sais pas quel était le taux d’alcool dans le sang de Jésus à la fin des noces de Cana ou de son repas chez Lévi le publicain ou chez Zachée. Je pense qu’il était peu élevé parce que simplement Jésus est saint. On peut être saint et aimer le bon vin. Mais la parfaite sainteté de Jésus implique une maîtrise de ses sens et de ses désirs. Être glouton ou ivrogne, c’est manquer d’un rapport juste à la nourriture et à la boisson. Le vin qui réjouit le cœur de l’homme, doit laisser l’homme être homme, c’est-à-dire capable de conserver le contrôle de lui-même pour faire et dire le bien.

Donc ne pensez pas que Jésus était « glouton et ivrogne ». La foule dit cela à propos de lui, comme elle dit que Jean-Baptiste est possédé, parce que c’est un ascète et qu’il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage.

Cette manière de juger et de classer les gens indique une tendance aussi fâcheuse que commune à nous tous : nous regardons la situation avec les lunettes qui nous arrangent. « Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage ». Quand on veut esquiver le grand appel de l’Évangile, on accuse Jésus d’être glouton et Jean-Baptiste qui l’annonce d’être possédé.

Il est probable, chers gendarmes, que dans l’exercice très difficile de votre noble métier, au service du Bien Commun, de la paix et de l’état de droit, au risque parfois de votre vie, vous ne soyez pas indemnes de ce genre d’écueil.

Nous avons des idées toutes faites, des préjugés sur les gens, qui ne sont pas respectueux de  ce qu’ils sont vraiment. Le disciple de Jésus devrait avoir un regard juste, pur, honnête, désintéressé…

Notre modèle pour regarder le monde, pour regarder les autres, sans naïveté et sans dureté, sans préjugé et sans compromission, devrait être le regard de Dieu lui-même. Nous avons un aperçu ce regard dans la première lecture, au livre d’Isaïe.

Bien sûr Dieu fait des reproches : « Si tu avais été attentif à mes commandements, ta paix serait comme un fleuve, ta justice comme les flots de la mer ». Mais il a également cette phrase magnifique « je te guide sur le chemin où tu marches ».

Comme c’est réconfortant. Dieu nous laisse libre de choisir notre chemin. Il ne nous impose rien. Et donc, quel que soit le chemin choisi, même si c’est une impasse, un chemin de traverse, un chemin de mort, Dieu ne nous abandonne pas. Jésus vient nous rechercher dans nos lieux d’échecs, de rupture, de péché. Il nous guide sur les chemins où nous marchons pour qu’avec lui, nous empruntions le chemin magnifique de la Vie Sainte, si nous voulons.

Le modèle de sainte Geneviève, protectrice de la cité, – qui est devenue ainsi patronne de la gendarmerie et d’autres services voués à la protection des individus -, doit nous aider à mieux comprendre qu’on ne peut vraiment aimer Dieu qu’on ne voit pas, comme nous dit la première épître de Jean, si on n’aime pas son frère que l’on voit.

On ne peut pas croire que Dieu est le père de tous les hommes si on n’accepte pas de reconnaître dans toute créature humaine un frère auquel nous devons assistance. C’est ce que sainte Geneviève a fait pendant sa vie, c’est le modèle qu’elle nous donne, et c’est le chemin sur lequel elle nous invite à la suivre. Amen.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo