Homélie de la messe chrismale – 27 mars 2018

Cathédrale Saint Etienne de Limoges

Jésus referma le livre (…). Tous dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». L’homélie de Jésus est brève, elle tient en une phrase.
Si j’étais plus sûr de moi et peut-être de vous, je me contenterais de vous dire la même chose : « aujourd’hui, s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».
Car cet « aujourd’hui » n’est pas devenu un « hier ». Il retentit dans notre cathédrale ce soir avec la même force et la même vérité qu’à la synagogue de Nazareth, voici 20 siècles.
Qu’est-ce qui s’accomplit aujourd’hui ? Jésus vient de lire dans le prophète Isaïe « l’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur ».
Ce qu’a accompli Jésus, autrefois se réalise aujourd’hui. Car aujourd’hui, l’Église, qui est son corps, assume et réalise cette mission : elle porte la Bonne Nouvelle aux pauvres. Elle annonce une année de grâces accordée par le Seigneur.
« Le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Cela aussi, c’est aujourd’hui. D’une certaine manière, tous ici, si nous sommes baptisés et confirmés, nous pouvons faire nôtres les paroles de Jésus : « le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Vous avez entendu l’oraison d’ouverture de la messe : « Seigneur, toi qui as consacré ton Fils unique (…) nous te prions : puisque tu nous as consacrés en lui, fais que nous soyons pour le monde les témoins d’un Évangile de Salut ».
Oui l’oeuvre de Salut réalisée une fois pour toutes par Jésus-Christ se perpétue aujourd’hui, dans son Église, sans défaillance, malgré toutes les défaillances de l’Église, et sa fragilité. Voilà la cause de notre confiance et de notre joie. Dieu est à l’oeuvre. La victoire du Christ sur les puissances de la mort et du mal réalisée dans le Mystère Pascal que nous allons célébrer ces jours ci est acquise pour les siècles des siècles.
Dieu a pris le moyen pour que cette victoire nous concerne, arrive jusqu’à nous. Ce grand moyen, c’est son Église, que nous formons.
Chacun y a sa place. Chacun y a sa part. Les membres de ce corps sont tous nécessaires. « L’oeil ne peut dire à la main : je n’ai pas besoin de toi. Ni la tête dire aux pieds, je n’ai pas besoin de vous » (1 Co. 12, 21).
Pourtant ce soir, pour la première messe Chrismale que je célèbre en cette cathédrale, je voudrais insister sur une catégorie particulière de membres de ce corps : les prêtres, premiers collaborateurs de l’évêque.
Je voudrais les remercier et les encourager et vous inviter à faire de même, frères et soeurs : vous aussi, vous pouvez les remercier et les encourager. Les remercier, non pas parce qu’ils seraient parfaits ou géniaux. Vous savez bien que ni eux, ni leur évêque ne sont à la hauteur de la mission inouïe qu’ils ont reçue. Car figurez-vous que Jésus a choisi des pauvres pour « annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle».
Mais ces pauvres ont répondu un jour « oui » à l’appel gratuit du Seigneur. Et ce « oui », ils vont le redire dans un instant. Ils vont se remettre à disposition du Seigneur et de l’Église. A votre disposition, car ils sont prêtres pour vous.
Le Seigneur agit par eux, par nous, par notre ministère, par nos mains consacrées, par notre bouche qui publie sa louange et annonce son Évangile, par notre ministère de pasteur qui rassemble et conduit le grand peuple de Dieu au long des siècles. Avec vous, nous sommes chrétiens, pour vous, nous sommes prêtres et évêque.
La tentation, quand les prêtres sont moins nombreux, c’est d’organiser l’Église sans eux. Mais telle n’est pas la volonté du Seigneur. L’implication très forte et généreuse des laïcs dans l’Église, l’appel au diaconat permanent, ne sont pas des remèdes à la pénurie de prêtres. Ils sont le déploiement de l’Église dans toute sa richesse et sa beauté.
Mais cette richesse et cette beauté ne peuvent exister sans les prêtres. Ils indiquent à l’Église qu’elle n’existe que par grâce. Dans les Actes, nous lisons que Saint Etienne, patron de cette cathédrale, s’exclame, avant d’être martyrisé : « Le Très Haut n’habite pas dans des demeures faites de main d’hommes » (Ac 7, 48).
L’Église n’est pas « faite de mains d’hommes ». Elle n’est pas notre construction. Elle est celle du Seigneur. C’est Lui qui en a choisi la forme, qui l’a fondé sur les Apôtres, qui a voulu que des vases d’argile contiennent son trésor, que de pauvres hommes vous donnent la vie divine dans les sacrements.
Alors, en rendant grâce pour le ministère des prêtres, je vous invite à les encourager en étant attentifs à eux, en leur demandant ce que le Seigneur a voulu vous donner par leur ministère, en priant pour eux souvent.
Priez aussi pour qu’ils aient des successeurs, pour que des jeunes écoutent et entendent à leur tour l’appel à tout quitter pour suivre Jésus et osent y répondre joyeusement, généreusement.
Chers jeunes amis, écoutez, discernez à quoi le Christ vous appelle. N’ayez pas peur de le suivre. « Il n’enlève rien et il donne tout » (Benoit XVI).
Après la rénovation de la promesse des prêtres et la bénédiction des saintes huiles, nous célébrerons l’Eucharistie sur le nouvel autel de notre cathédrale. Il est nouveau parce qu’il vient d’être installé, grâce à la générosité de nombreux donateurs. Mais il est ancien, car la table de l’Autel retrouvée lors de fouilles, date du XI° S. Dans l’ « aujourd’hui » du Moyen Age, l’Eucharistie était célébrée sur cet autel pour que le sacrifice du Christ soit actualisé et que le pain de vie soit donné en nourriture. C’est le même mystère qui continue : Le Christ Sauveur, accomplit aujourd’hui pour chacun de nous sa promesse. Oui, vraiment, « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ».

+ Mgr Pierre-Antoine Bozo