Homélie de la rentrée paroissiale de l’Assomption

Arliquet – Notre-Dame des Douleurs

Dimanche 15 septembre 2019

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Il y a fort longtemps, lorsque j’étais jeune séminariste à Rome, j’ai eu la chance d’aller servir la messe du Pape Jean-Paul II. Comme le Pape se préparait dans une petite sacristie qui jouxte la chapelle de la Pietà, à l’entrée de la Basilique Saint Pierre, j’avais eu la chance d’avoir à patienter une demi-heure de l’autre côté de la vitre qui sépare la Pietà de Michel Ange des pèlerins.

En attendant le moment de faire imposer l’encens au Pape, j’avais profité de tout mon soûl de ma proximité avec cette extraordinaire œuvre de jeunesse de Michel Ange, cette Pietà qui représente, vous le savez, Marie portant dans ses bras son fils descendu de la Croix, avant la mise au tombeau.

Marie, sur cette statue, est représentée comme une toute jeune femme, alors qu’à la mort de Jésus, elle ne l’était plus. Michel-Ange qui avait perdu sa propre mère très jeune, expliquait qu’il avait représenté Marie sous des traits juvéniles parce que lorsqu’on a aimé comme Marie, on ne vieillit pas.

Mais ce qui m’avait frappé surtout pendant ce temps passé devant la Pietà, c’était cette image d’une naissance : La jeune Marie avait porté son bébé dans ses bras à Bethléem. A Jérusalem, elle portait maintenant son fils mort pour nos péchés, comme à l’aube d’une nouvelle naissance qu’elle pressentait. Elle offre son fils aux hommes, elle offre son fils au Père, qui va le ressusciter, premier né d’entre les morts.

Cette épisode de la pietà fait partie des 7 douleurs de Marie. Cette fête de « Notre-Dame des douleurs » s’appelait autrefois des « 7 douleurs ». Un fidèle d’Arliquet doit connaître ces 7 douleurs :

La prophétie du vieillard Siméon, la fuite en Égypte, la disparition de Jésus au Temple pendant trois jours, la rencontre de Jésus sur le chemin de Croix, Marie debout au pied de la croix, la descente de la croix, l’ensevelissement de Jésus.

Si l’Église nous invite à célébrer ND des douleurs, ce n’est pas par goût du morbide. Nous n’aimons pas nous repaître de la souffrance et de la mort. Comme vous savez, cette fête de ND des douleurs est célébrée au lendemain de La Croix Glorieuse que nous avons célébrée hier.

C’est parce que la Croix est glorieuse, c’est à dire qu’elle n’est pas ultimement signe de mort mais signe de vie, que la présence de Marie au pied de la Croix est importante.

Marie est mère de Jésus jusqu’à l’extrême, jusqu’au bout. Stabat Mater dolorosa. Elle est douloureuse parce que son fils, le fruit de ses entrailles, le seul juste, abandonné de tous est humilié, bafoué et mis en croix. Elle est douloureuse parce qu’elle même est étrangère au mal, au péché, qu’elle ne connaît pas.

« Près de la Croix de Jésus se tient Marie, sa mère ». Elle est près de la Croix. Elle participe à sa souffrance. Elle participe à nos souffrances, elle compatit.

Cette fête, quand elle est née au XIV° Siècle s’appelait la fête de la Compassion de Marie. Marie com-patit, elle souffre avec. Elle souffre avec Jésus. Elle souffre avec nous, pour qui Jésus s’est livré et a donné sa vie. Une lance transperce le cœur du Fils. Une épée transperce le cœur de Marie. Nos souffrances ne lui sont pas étrangères.

Le Christ seul nous sauve, mais il ne nous dispense pas de collaborer avec lui. Ce que fait Marie à un rang unique. « A ceci, nous avons reconnu l’amour : le Christ a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16).

Fêter Notre-Dame des douleurs, c’est faire comme le disciple que Jésus aimait, c’est prendre Marie chez nous. Pour lui confier les peines et les souffrances, de notre douloureux monde. Pour apprendre d’elle aussi à ne pas déserter la Croix, c’est à dire à ne pas déserter la souffrance, à apprendre la compassion.

Nous nous protégeons tellement, nous gardons une distance sanitaire pour ne pas être contaminés par la souffrance des autres. Comme la plupart des protagonistes de l’évangile, nous désertons au pied de la Croix, nous fuyons les souffrances de nos frères, nous nous en protégeons. Marie ne se protège pas.

En cette rentrée, en cette fête de Notre-Dame des douleurs, demandons la grâce de la compassion, demandons de savoir être proches de ceux qui souffrent et qui peinent. Pour cela, rien de mieux que de prendre Marie chez nous.

 

† Pierre-Antoine Bozo