Homélie de la Veillée de Noël 2019

Messe de Minuit – 24 décembre 2019

Cathédrale Saint Etienne

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– Journal TV de 19 h. : j’ai regardé patiemment les reportages sur les huitres et les bûches, sur les achats de cadeau de dernière minute… Et j’ai fait ce que je peux pour parler de Noël dans les 2 ou 3 minutes de paroles auxquelles j’ai eu droit.

– Vous avez peut-être mangé des huitres et des bûches et vous êtes offert des cadeaux. Ce n’est pas immoral. Ça a même du sens. Mais ça a du sens parce que vous êtes présents ce soir. Vous êtes les gardiens du Mystère de Noël.

Comme évêque, pasteur de ce diocèse, je voudrais vous donner mission de garder vivant ce mystère de Noël. J’ai lu que 18 % des français allaient à la messe de minuit (fut-elle à 18 h)… C’est trop peu. Mais c’est suffisant pour ne pas que Noël ne soit pas réduit à une grande foire aux dindes.

Pour nous aider à comprendre ce mystère, cette année, le Pape – qui ne s’appelle pas François pour rien – s’est rendu à Greccio. C’est un très joli petit sanctuaire franciscain, dans la vallée de Rieti, où François d’Assise s’est arrêté à Noël 1223, trois ans avant sa mort. C’est alors qu’a eu lieu la première crèche, une crèche vivante, destinée à réveiller l’admiration des fidèles.

Depuis, cette coutume s’est développée et l’on confectionne partout des crèches. A Greccio, le pape a donné une lettre apostolique intitulée « Admirabile Signum », le signe admirable. La crèche est un signe admirable, dit-il parce qu’elle suscite l’émerveillement.

Pas émerveillement devant l’œuvre d’art que serait la crèche – avouons qu’elles ne le sont pas toutes – mais émerveillement parce  que la crèche présente, comme un « évangile vivant », la venue de Dieu entre notre chair, le mystère inouï de Dieu qui se fait homme.

La crèche, qui représente la scène, nous dit que Noël n’est pas une fable, ni un mythe. Noël est un événement de l’histoire.  Le plus grand événement de l’histoire. Sa clef de compréhension. L’immense joie du Ciel est descendue sur la terre : « Tu as prodigué la joie ».

La Vérité, que nous cherchons à tâtons, dans les ténèbres de l’histoire, se donne dans un enfant. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi ».

Nous sommes les habitants du pays de l’ombre. La lumière que nous accueillons ce soir n’est pas celles des spots de nos zones et des flashs des vitrines de nos magasins. C’est une indomptable lumière, mais toujours disponible.

Aujourd’hui vous est né un Sauveur ! Angélus Silésius, un mystique du 17°, écrivait « Le Christ peut bien naître mille fois à Bethléem, s’il ne naît pas dans ton cœur, c’est ta perte à jamais ». Perte d’abord au sens où nous sommes perdus. Le Christ donne sens à nos vies. S’il ne naît pas dans ton cœur… Pour que vous soyez les gardiens du mystère de Noël, laissez le Christ naître renaître sans cesse en vos cœurs. Laissez-le vous aimer et vous appeler, vous conduire sur le chemin qu’il indique par toute sa vie, depuis sa mort jusqu’à sa Résurrection.

« Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. (…)

La manière d’agir de Dieu est presque étourdissante, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie » Admirabile Signum, 8.

Vous voyez que l’enjeu de Noël n’est pas mince. Ni pour vous, ni pour ceux vers qui vous êtes envoyés pour être ses témoins, gardiens du Mystère de Noël… Ce soir encore, il se fait proche de vous. Il vient faire en vous sa demeure. Il est né dans une mangeoire parce qu’il veut se donner en nourriture : Ceci est mon corps livré pour vous. Adorons-le, accueillons-le, prenons vraiment place dans la crèche ou laissons Jésus prendre corps dans la crèche que nous voulons être pour lui.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo