Homélie de l’Appel décisif des catéchumènes

Ambazac – 10 mars 2019 – Appel décisif

1° dimanche du Carême (C) –Rm. 10, 8-13 ; Lc, 4, 1-13

Chers catéchumènes, en sortant de cette célébration, vous ne serez plus des catéchumènes. Vous serez des electi. Autrement dit des élus, des appelés. Vous serez invités à suivre le Christ avec une générosité plus grande, pour disposer votre cœur et tout votre être au don du baptême qui vous sera accordé bientôt. 

Les notes pastorales du rituel disent que pour franchir cette étape « il est requis de la part des catéchumènes : 

– une conversion de la mentalité et des mœurs et une pratique de la charité ;

– une connaissance suffisante du mystère chrétien et une foi éclairée ; 

– une participation croissante à la vie de la communauté ;

– une volonté explicite de recevoir les sacrements de l’Église. » 

En lisant ces notes, je me suis dit que seul le dernier alinéa allait de soi : je ne doute pas que vous ayez la « volonté explicite » de recevoir les sacrements de l’initiation. 

Quand aux autres exigences « requises », j’interrogerai dans un instant vos parrains et marraines sur ces trois points. Je connais déjà leur réponse, car elle est dans le rituel. Ce sera une réponse positive, mais également une réponse prudente, ils diront : « oui, ils s’y efforcent » « oui, ils ont commencé ».

Cette prudence s’explique parce qu’à vous, chers catéchumènes, comme à nous les vieux baptisés, il est demandé quelque chose d’impossible : conversion des mentalités et des mœurs, pratique de la charité, connaissance du mystère chrétien, foi éclairée, participation active à la vie de la communauté. C’est impossible simplement parce que c’est un horizon sans limite, personne ne peut prétendre répondre un « oui » parfait à ces questions. Ce n’est pas un examen du code de la route, où l’on donne la bonne ou la mauvaise réponse, c’est un appel, l’appel à la vie de disciple, à la suite de Jésus, qui ne nous propose rien moins que d’être « parfaits comme son Père est parfait ».

Et donc, vous n’y arriverez pas. Si vous pensez y arriver, vous vous trompez sur vous mêmes. Cela reviendrait à dire qu’il n’y a pas d’obstacles en vous, que vous n’êtes pas freinés par « le péché qui nous entrave si bien » (He 12). Or « si nous disons : ‘nous n’avons pas de péché’, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8).

Les lourds péchés que l’actualité révèle chez certains ministres de l’Église, et qui nous choquent tant et nous font honte, peuvent au moins nous aider à ne pas nous faire d’illusion : personne n’est immunisé contre le péché, contre la fragilité, pas même les prêtres ou les évêques. Mais l’important, c’est de désirer, de commencer et de recommencer. « Si le Seigneur ne me trouve pas victorieux, qu’il me trouve au moins combattant » (Saint Augustin, Confessions). 

Un des lieux symboliques de ce combat, étonnamment, c’est le désert, c’est à dire le lieu où il n’y a personne. Où nous sommes seuls. Vous savez peut-être que les premiers moines, dans le désert d’Egypte, se sont multipliés quand les persécutions ont cessé dans l’Eglise, au début du IV° siècle. Ce n’est pas par hasard : on a parlé à leur propos de « martyr blanc », après le « martyr rouge », qui était celui du sang versé dans les persécutions. Martyr blanc, parce que partir au désert, ce n’était pas fuir le monde, ni se réfugier dans une tranquille retraite, c’était partir au combat. Lorsqu’on est seul, face à soi-même, sans distraction, sans diversion, on rencontre la tentation et le combat. Pourquoi rencontre-t-on la tentation, alors qu’on cherche Dieu ? 

Peut-être parce que le choix de partir au désert est signe du dépouillement et du désir de Dieu. L’adversaire alors se déchaîne. Il nous préfère englué dans les soucis et les distractions du quotidien, plutôt que marchant résolument dans ce désert, qui est le chemin vers la terre promise.

Ce qui signifie donc que c’est du dedans de nous, et pas d’abord du dehors, que vient la tentation. Nous sommes facilement scandalisés par le mal insupportable que nous révèlent les informations quotidiennes. Mais nous découvrons qu’en nous aussi, le mal est là, tapi. Nous sommes vulnérables au mal. Aller au désert, c’est accepter de reconnaître cela… 

Notre évangile nous dit qu’avec Jésus, le démon a « épuisé toutes les formes de tentation ». Toutes nos tentations sont une des formes de celles que Jésus a affronté. Nous savons donc, qu’au milieu de nous, il y a quelqu’un qui est plus fort que le mal. Nous ne sommes pas seuls devant les tentations, Jésus les a affrontées. Il a voulu apprendre à connaître nos tentations, leur force sournoise et trompeuse de séduction. Il en a été vainqueur. 

Mes amis, vous ne serez pas baptisés le vendredi saint. Vous serez baptisés à Pâques. Le vendredi saint, nous commémorerons la mort de Jésus qui a pris sur lui le fardeau de nos péchés, de nos refus, de toutes nos compromissions, jusqu’à en mourir. Mais le terme n’est pas la mort, c’est la vie ! Vous serez baptisés dans la nuit de Pâques, dans la Résurrection de Jésus. Vous avez entendu Saint Paul : « Si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé ». Nous ne serons pas sauvés parce que nous avons toujours tout bien fait. Nous sommes sauvés parce que Jésus est vainqueur de la mort, vainqueur du mal et du malin. Pour nous, en nous !  

Vos noms vont être inscrit au registre des catéchumènes parce qu’ils sont inscrits dans le cœur de Dieu. Réjouissez-vous ! Suivez-le ! C’est long et c’est dur. Nous ne sommes pas chrétiens pour notre confort. Nous sommes chrétiens parce que nous croyons que le Christ est pour l’homme, le Chemin, la Vérité et la Vie. Malgré toutes ses cicatrices et ses rendez-vous manqués avec l’histoire, c’est cela que l’Église annonce depuis deux mille ans. Qu’elle annonce et qu’elle transmet : Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo