Homélie de l’installation de l’abbé Morin comme modérateur de la paroisse

Paroisse du Bon Pasteur

29° dimanche (C)

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Ce qui est simple dans ce passage, c’est le raisonnement a fortiori de cette parabole : si même un juge sans justice rend justice à une pauvre femme pour se débarrasser d’elle, combien plus, Dieu qui est juste et bon, répondra-t-il à ceux qui crient vers lui jour et nuit !

Ce qui est moins simple, c’est que j’entends d’ici vos réactions intérieures : si Dieu répond sans tarder à nos demandes, pourquoi constatons-nous si souvent le contraire ? Chacun peut dresser la liste des fois où Dieu n’a pas répondu à ses légitimes prières pour la santé d’un conjoint, la réussite de ses petits enfants, le couple qui ne réussit plus à se parler, le père de famille qui perd son emploi, cette dépression qui n’en finit pas… Dieu semble parfois encore plus sourd que ce juge inique, au cri de notre prière.

Je n’ai pas de réponse toute faite à cette énigme de tant de souffrances et d’injustices devant lesquelles Dieu semble ne pas répondre. Mais je vous invite à réfléchir dans deux directions.

La première concerne l’action de Dieu : Elle répond à quelque chose de précis : faire justice. « Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Je vous le déclare, sans tarder, il leur fera justice ». Cela ne veut pas dire que Dieu exauce immédiatement toutes nos prières. Non, il fait justice. Saint Paul écrit aux Romains : « C’est Dieu qui justifie, qui donc condamnera ? En tout nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés ». Même si nos prières ne semblent pas exaucées, nous sommes les grands vainqueurs, car Dieu fait justice en nous rendant justes devant lui, en nous sauvant, par grâce.

Le second point concerne l’action de l’homme. Dieu veut avoir besoin de notre intercession, de notre prière. En plus de cette touchante veuve de notre évangile et de son étonnante audace et ténacité, la liturgie nous montre Moïse, qui envoie Josué se battre dans la plaine, tandis que lui mènera un autre combat, celui de la prière, celui des bras étendus vers Dieu.

Le sort du peuple ne se décide pas tant sur le champ de bataille que sur le sommet de la colline où Moïse se tient en prière. Il est porté dans sa prière exténuante par Aaron et Hour qui lui soutiennent les bras.

Cela dit quelque chose de la mission du Père Morin qui reçoit la charge de modérateur de votre paroisse. Bien sûr, avec le P. Mallet-Guy, ils ne ménageront pas leur peine pour vous servir et vous prodiguer les dons de Dieu. Mais ils accompliront d’abord leur mission en vous portant dans la prière. Et ils ne seront pas seuls. Les membres de l’équipe pastorale feront partie des Aaron et des Hour qui les aideront à garder les bras levés vers Dieu.

Le reste de leur mission nous est magnifiquement indiqué par la lettre de Paul à Timothée. Je peux ce matin reprendre l’expression de Paul et redire aux PP. Morin et Mallet-Guy : « je vous en conjure, proclamez la Parole ».  La Parole, c’est l’Évangile qu’ils vous annonceront, mais la Parole, l’Évangile, c’est Jésus-Christ, Parole définitive de Dieu, sommet de la Révélation ! Ils vous donneront Jésus-Christ en proclamant l’Évangile, en vous donnant le Pain Eucharistique, le Pain de Vie et le sacrement de sa Miséricorde…

Ils le feront dans des conditions nouvelles, vous le savez, puisqu’à la différence du P. Lamy, à qui nous pensons aujourd’hui, ils ne seront pas sur place. Vous savez que le P. Morin est Vicaire général, c’est à dire le collaborateur le plus proche de l’évêque et très pris par sa mission et que le P. Mallet-Guy, ayant dépassé l’âge d’être curé, s’est retiré au presbytère de Ste Jeanne d’Arc, mais il ne s’y tourne pas les pouces, puisqu’il est aumônier de la délégation du Secours Catholique du Limousin, membre du service de l’exorcisme, et participe à l’aumônerie de la prison de Limoges.

Pour qu’ils puissent réaliser ce qui est vraiment du ministère sacerdotal, ils comptent sur vous pour prendre en charge avec eux tout ce qui peut être dévolu à d’autres qu’à des prêtres. Merci de collaborer généreusement.

La situation fragile de notre Église peut nous inquiéter. Mais l’inquiétude ne bâtit rien de très utile. Je vous invite donc à la confiance. Et je vous invite chacun à répondre à la question de Jésus à la fin de notre Évangile : Le Fils de Dieu, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Si chacun de vous répond « oui » pour lui-même, nous aurons la réponse et vous savez que la foi est capable de transporter des montagnes… Amen.