Homélie de l’installationde l’abbé André Vénitus

Solignac 24° TO – C

15 septembre 2019

+

 

Dans le rituel de l’installation d’un curé, il est précisé qu’au cours de l’homélie, « l’évêque doit faire ressortir aux fidèles la fonction du curé et expliquer la signification des rites qui suivront ».

En évêque obéissant, je vais donc vous décrire succinctement les rites d’installation. Vous verrez qu’à travers eux, la mission du curé en sera parfaitement éclairée.

Avant tout, je voudrais souligner un point qui n’est pas dans le rituel, mais auquel j’accorde une grande importance. C’est la présence ici de Mgr Perrier. C’est lui qui m’a spontanément proposé d’accompagner l’abbé Vénitus à Solignac, pour que votre curé ne se retrouve seul ni dans son presbytère, ni dans sa mission, mais puisse compter sur un soutien fraternel. Mgr Perrier n’a plus l’âge de rougir, je peux donc bien lui dire ma reconnaissance pour sa présence. Elle sera à votre avantage à vous les paroissiens, qui profiterez de sa sagesse, mais aussi à vous, cher André, qui pourrez compter sur un auxiliaire avisé, dont l’âge est inversement proportionnel au dynamisme.

Mais revenons aux rites de l’installation du curé. Je vais d’abord remettre à l’abbé Vénitus les clefs des églises de la paroisse. Elles me seront apportées par les maires présents ou leurs représentants. Vous savez que les communes sont propriétaires des églises, depuis la loi de séparation de l’Église et de l’état. J’en profite pour remercier les maires du soin qu’ils apportent à l’entretien de nos églises. Mais si les communes sont propriétaires, le curé est dit « affectataire », selon la loi. C’est à lui qu’est confiée exclusivement l’utilisation de l’église et les usages non liturgiques qu’on voudrait y faire doivent recevoir son assentiment. D’où cette remise symbolique des clefs.

Suivra le chant du Credo qui permettra à votre nouveau curé de professer la foi de l’Église et de vous garantir qu’il est bien catholique, si jamais vous en doutiez.

Puis je vais lui demander de renouveler les promesses de son ordination. Si vous écoutez attentivement ce dialogue, vous aurez en condensé une magnifique catéchèse sur la mission du pasteur qui vous est donné.

Ensuite, pendant que les cloches sonneront, je ferai avec le P. André le tour de l’église pour lui confier les lieux liés à son ministère : le siège de présidence, le tabernacle, le baptistère. Il les encensera, pour manifester l’importance de ces lieux.

Il y a un manque dans tout cela. J’aurais dû également faire encenser      au P. André un lieu vital dans l’église : le confessionnal ou une chapelle des confessions. Il n’y en a pas dans cette magnifique abbatiale (ce qui ne signifie pas que le sacrement de la réconciliation n’y est pas célébré).

S’il y avait besoin de rappeler l’importance, de ce sacrement de la Miséricorde de Dieu, l’évangile de ce dimanche est suffisamment éloquent… Permettez-moi de passer un instant des rites d’installation à cette page d’évangile, qui est dans une magnifique harmonie avec la charge d’un pasteur.

Avec le langage si simple des paraboles, Jésus nous révèle la profondeur insondable de l’amour de Dieu. Nous recevons trop souvent l’Évangile comme une exigence morale, ou comme un effort de l’homme, à la manière du fils prodigue : je vais retourner chez mon Père.

Ces trois merveilleuses paraboles nous disent donc que c’est d’abord Dieu qui nous cherche, qui vient à nous, et non pas d’abord nous qui revenons vers Lui. Pour cela, le Bon Pasteur n’utilise pas de moyens contraignants mais attirants. Sa Patience, son amour, sa miséricorde. Ce n’est pas nous qui cherchons Dieu, c’est lui qui nous cherche la brebis perdue.

Mais il faut encore remarquer que Jésus donne ce magnifique enseignement parce que les pharisiens lui reprochent de faire bon accueil aux pécheurs et de prendre ses repas avec eux.  N’y a-t-il pas en  nous du pharisien ou du fils aîné de la parabole ? Nous considérons que certains ne « méritent » pas autant que nous l’amour de Dieu, puisqu’ils vivent mal. Il faut quand même bien que ça serve à quelque chose d’être chrétien, ça doit nous valoir quelques privilèges…

Comme les pharisiens, nous portons un regard trop humain, trop calculateur sur Dieu. Et s’il veut donner à l’ouvrier de la dernière heure autant qu’à celui de la première ? Et s’il veut faire briller son soleil sur les bons et sur les méchants ? Et s’il veut inclure le larron avec lui dans le paradis ?

Mes amis, notre cœur est trop étroit, nous serons jugés avec la mesure dont nous nous servons nous mêmes pour juger les autres. Laissons le Seigneur dilater notre cœur, l’élargir à la mesure du sien.

C’est pour vous y aider que je vous envoie un nouveau curé, pour qu’il vous donne ce qu’il ne possède pas, mais que vous recevrez quand même par ses mains et par son ministère : l’indicible amour de Dieu pour nous et pour notre salut. Amen.

† Pierre-Antoine Bozo