Homélie de l’ordination diaconale d’Emmanuel Renault

Solennité de saint Martial – 30 juin 2019
Collégiale de Saint-Junien
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« Ah, Seigneur mon Dieu, je ne sais pas parler, je suis un enfant ! ». C’est étonnant : pour l’ordination d’un diacre, la liturgie nous propose l’exemple de Jérémie, qui résiste à l’appel de Dieu, parce qu’il ne sait pas parler.

C’est probablement vrai également d’Emmanuel mais aussi de votre évêque, qui ne sait pas parler non plus ! Et pourtant je vous adresse la parole, comme Emmanuel le fera, parce que malgré nos infirmités, notre inadéquation à la mission, le Seigneur nous envoie. Ce faisant, Il met dans notre bouche ses paroles comme pour Jérémie. Ou encore, il envoie son ange pour nous guider comme dans les Livre des Actes, pour Philippe, un diacre de la première promotion diaconale !

Ca ne signifie pas que nous ne disons que des choses justes, que nous ne parlons jamais pour ne rien dire, hélas. Mais ça signifie que par l’ordination, nous sommes missionnés pour parler, pour agir, pour servir au nom du Seigneur et si toutes nos paroles ne sont pas parole d’Évangile, les paroles et les gestes sauveurs de Jésus passent par notre ministère, parce qu’il l’a voulu ainsi : « C’est moi qui vous ai choisis et établis». Par la liturgie de l’ordination, c’est vraiment Jésus qui, ayant choisi Emmanuel, l’établit dans l’ordre des diacres.

Comme Jérémie, Emmanuel a résisté, il sait qu’il n’est pas à la hauteur de la mission, même si le Père de Mascarel nous a dit qu’il avait les aptitudes requises. Et pourtant, dans la confiance et l’abandon, en prenant le long temps du discernement et de la formation, Emmanuel a répondu, librement, joyeusement à cet appel.

C’est un appel qui saisit complètement, corps et âme, c’est une consécration de tout son être. C’est pourquoi il s’est engagé au célibat « à cause du Royaume des Cieux, au service de Dieu et du prochain», comme il l’a signifié au début de cette célébration.

Cela n’est possible qu’en raison de l’amitié avec Jésus-Christ : « je vous appelle mes amis ». Le célibat ne nous prive pas de la capacité d’aimer. Il nous donne de grandir dans une amitié singulière avec Jésus et d’aimer, comme lui, par le don de notre vie à ceux vers qui Il nous envoie. Le ministère qu’Emmanuel reçoit n’est donc pas une fonction qui lui resterait extérieure, elle touche son être en profondeur et le transforme.

Il reçoit aujourd’hui de Jésus cet impératif : « demeurez dans mon amour ». Ce qui est étonnant, c’est que l’amitié est liée à un commandement : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ».

Notre civilisation, qui fait du désir individuel, de la réalisation de soi, le sommet du bonheur, n’aime pas trop les commandements. Le commandement renvoie plutôt à la relation maître / serviteur. Jésus vient d’expliquer aux disciples qu’ils ne sont plus ses serviteurs, mais ses amis. Et il leur demande d’obéir comme à des serviteurs…

C’est que le serviteur ignore ce que veut faire son maître, mais Jésus, lui, a fait connaître à ses disciples tout ce qu’il a entendu du Père. Il les a introduits dans le mystère d’amour divin qui rebat toutes les cartes. Il leur révélé qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir, à servir qu’à être servi.

Emmanuel devient diacre, diaconos, c’est à dire mot pour mot, serviteur. Non pas qu’il faudrait commencer par le bas de l’échelle pour grimper dans la hiérarchie. Vous savez que le Pape Saint Grégoire se désignait lui-même comme le servus servorum Dei, le serviteur des serviteurs de Dieu. Emmanuel restera serviteur à vie ! Il sera votre serviteur à cause de Jésus qui se tient au milieu de nous comme celui qui sert.

Emmanuel servira. Il servira les petits, les pauvres, car c’est cela l’origine des diacres dans l’Église : les premiers diacres sont les serviteurs des tables. Non pas serviteurs en veste blanche des tables 4 étoiles, mais serviteurs des repas pour les veuves, qui n’ont rien. C’était une tâche que remplissaient les apôtres à tel point qu’ils ne pouvaient plus se dédier au service de l’annonce de l’Évangile. Les Apôtres ne pouvant assumer à eux seuls toute la mission de Jésus, ils se sont donné des collaborateurs.

En devenant diacre, Emmanuel n’est pas député au service à notre place. Il redit à chacun de nous que nous sommes faits pour servir et non pour être servis. Du ciel Saint Martial, premier évêque de Limoges et évangélisateur de notre contrée, que nous fêtons en ce 30 juin, doit se réjouir de voir l’Église en Limousin continuer ainsi la mission de Jésus-Christ. Hier, à Saint Sulpice, c’était un autre fils du diocèse qui était ordonné pour la société des Missions étrangères des Paris, en vue de partir en Birmanie. Et en septembre, un jeune limousin entrera chez les Carmes à Montpellier. Que ces exemples, que cette ordination suscitent parmi les plus jeunes une généreuse ouverture du cœur à l’appel de Dieu, même pour ceux qui sont des enfants et ne savent pas parler. Amen.

† Pierre-Antoine Bozo