Homélie de Noël 2018 (Cathédrale Saint-Etienne)

Quel étrange rendez-vous : dans un cathédrale froide, à la mi-nuit. C’est que les naissances ont souvent lieu durant la nuit, celle de Jésus aussi probablement. L’Église célèbre cette naissance au coeur de la nuit. 

La nuit est aussi symbole de ténèbres. Nous veillons donc, pour célébrer la réalisation de la prophétie d’Isaïe : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». 

Je voudrais vous inviter ce soir à aller à ne pas vous tromper de fête, à ne pas vous tromper de lumière, à aller au cœur du Mystère.

L’ambiguïté est entretenue par des souhaits de bonnes «  fêtes de fin d’année », trêve chaleureuse au cœur de l’hiver, où se mêlent et se mélangent vacances, famille, cadeaux, réveillon, vœux, guirlandes. Dans le meilleur des cas cantiques et crèches, et pour les plus valeureux, c’est à dire vous, messe de minuit, mais peut-être pour entendre la douce mélodie des « anges dans nos campagnes » et retrouver l’ambiance des Noël de notre enfance.

Rien de cela n’est mauvais, au contraire. Mais rien de tout cela n’est suffisant. La grande lumière qu’a vu se lever « le peuple qui marchait dans les ténèbres » n’est ni celle du marché de Noël, ni celle de nos guirlandes lumineuses. C’est une mystérieuse lumière, qui ne brille pas, qui n’éblouit pas.

Dans le récit de la nativité que nous venons d’entendre, on est saisi par le contraste entre la solennité de l’annonce aux bergers : « l’ange du Seigneur se présenta devant eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte» et le spectacle qu’ils vont contempler.

L’annonce des anges conduit les bergers à une pauvre étable ou sont abrités Marie, Joseph et le nouveau né couché dans la mangeoire. C’est touchant comme une naissance. Mais une naissance ne change pas la face du monde. Peut-être celle d’un grand homme peut influer un peu le cours de l’histoire.  

Cette naissance est d’un autre ordre. Deux millénaires plus tard, des centaines de millions de fidèles se rassemblent, dans le monde entier, comme nous ce soir, pour la célébrer, pour adorer l’enfant de la crèche.

Pourquoi donc ? Pour une raison décisive, parce que cet enfant est « Dieu, né de Dieu, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé et de même nature que le Père. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Il a fallu trois siècles pour élaborer cette profession de foi. Trois siècles pour réussir à traduire maladroitement, avec nos pauvres mots, ce qui se joue à la crèche.

Pour dire que Dieu éternel, incréé, au-delà de tout, est venu chez nous, en personne. En la personne du Fils éternel. Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Aucune autre religion n’a jamais prétendu une telle chose. Elles disent que Dieu se révèle, nous parle par ses prophètes. Mais Jésus est plus qu’un prophète. Il est Dieu, vrai Dieu. Et homme, vrai homme. Et même bébé. Dieu s’est fait bébé. Il s’est fait vulnérable. Il a assumé toutes les dimensions de notre humanité pour sauver notre humanité en toutes ses dimensions, en toute sa fragilité, en sa pauvreté, surtout celle du péché, qui nous abîme.

Il y a là une double révélation. En Jésus, nous comprenons un peu qui est Dieu, à quel point il nous aime. Et nous comprenons qui est l’homme, appelé à aimer en se donnant, à la suite de Jésus. 

Loin d’être un gentil folklore, un simple attendrissement devant la beauté d’une naissance, notre célébration invite à l’accueil dans la foi du Sauveur de l’homme, du rédempteur de l’homme. 

Adorer l’enfant de la crèche, l’accueillir ce soir, c’est notre réponse à l’amour de Dieu. C’est une réponse exigeante. Si Dieu s’est fait proche de nous, en Jésus, nous devons nous faire proche de nos frères, spécialement de nos frères souffrants, exilés, affamés, isolés…

Pour devenir ce peuple « ardent à faire le bien » selon la belle expression de Paul à Tite, nous devons nous prononcer ce soir. Croyez-vous que Dieu s’est fait homme en Jésus ? Croyez vous que Jésus est le Chemin, la Vérité, la Vie ? Si oui, vous ne pouvez pas le suivre du bout des lèvres, il faut aller plus près de la crèche, il faut aller plus loin.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo