Homélie de Pâques 2019

Dimanche de Pâques – 21 avril 2019

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Hier soir, dans la cathédrale plongée dans l’obscurité, mais éclairée par la lumière du grand cierge pascal et de ceux que nous avions allumé à sa lumière, nous avons entendu retentir le chant de l’Exultet :

Qu’éclate dans le ciel la joie des anges !

Qu’éclate de partout la joie du monde !

Qu’éclate dans l’Eglise la joie des fils de Dieu !

Nous avons retrouvé l’Alleluia ! Ce mot intraduisible, puisqu’on l’a laissé en Hébreu, signifie notre louange à Dieu. Nous n’avons pas de mots suffisants pour exprimer ce mystère, alors nous gardons ce mot vivant et mystérieux que la musique sait si bien faire chanter.

Mais que chantons-nous au juste, quand nous chantons la Résurrection ? En pensant Résurrection, nous pensons spontanément « happy end », nous nous disons que la Croix et la mort ne sont pas le dernier mot, qu’il y a autre chose.

Mais Jésus n’est pas simplement un mort qui reviendrait à la vie. Il est entré dans une vie nouvelle qui ne trouve aucune analogie, aucun équivalent dans notre expérience. C’est pour cela qu’il ne va pas de soi de croire à la Résurrection, comme nous le voyons dans le récit de l’Évangile.

Marie-Madeleine, Pierre et Jean entrent dans le tombeau de Jésus ne voient rien ! Mais cela ne produit pas les mêmes effets chez les trois. Parmi eux trois, seul Jean, en ne voyant rien, croit : « il vit et il crut » ! Il ne voit pas le ressuscité, il voit le vide. Pour les autres, il faudra peut-être attendre les apparitions du Ressuscité :le Christ ressuscité apparaît à Marie-Madelaine, à Pierre. Et alors, ils deviendront ses témoins. Mais même ainsi, tous ne croiront pas. Thomas le dira : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas » (Jn 20, 25).

Aujourd’hui encore, lorsqu’on va à Jérusalem, on se prosterne toujours devant un tombeau vide ! Nous, ici, nous ne voyons pas, le ressuscité ne nous apparaît pas.  Nous croyons à cause de la foi des témoins qui se succèdent depuis 20 siècles.

Si l’on enlève à l’Église la foi dans la résurrection, tout s’arrête et s’éteint, comme lors d’une panne d’électricité dans une maison. «Si le Christ n’est pas ressuscité notre foi est vaine » écrit Paul aux Corinthiens. On n’est pas chrétien si on ne croit pas à la Résurrection. En le ressuscitant des morts, c’est comme si Dieu donnait son aval à l’œuvre du Christ, comme s’il y imprimait son sceau.

Ce qui lui est advenu dans cette sainte nuit, nous est aussi promis ! Pas seulement pour l’heure de notre mort. Mais pour l’heure de notre vie ! Cette vie que Dieu veut pour nous en plénitude, est pleine effectivement quand la puissance de Vie du Seigneur Jésus la transforme et la fait triompher du mal et du péché. Comment ne pas chanter avec toute l’Église en fête l’Alléluia Pascal, en le remplissant d’un grand acte de foi et de joie ?

† Pierre-Antoine Bozo