Homélie des ordinations diaconales

Solennité de la Pentecôte – 9 juin 2019

Cathédrale Saint-Étienne

Ordination diaconale de Bruno Pennel, Frédéric Dintras, Jean-Vincent Troncard

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« Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble ». C’est ce qui nous arrive. Nous sommes réunis pour célébrer le don de l’Esprit Saint à l’Église cinquante jours après Pâques. Cet Esprit Saint est donné dans un but précis comme nous venons de l’entendre de la bouche de Jésus : «Il vous enseignera tout, il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ».

Le Père nous a tout dit et tout donné en son Fils, sa Parole, son Verbe fait chair. L’Esprit Saint n’est donc pas envoyé pour compléter ce que Jésus n’aurait pas su ou pu nous dire. Il n’ajoute rien à cette Révélation, mais il l’étend à la terre entière, il incline le cœur à comprendre de l’intérieur ce que Jésus nous a révélé. « Le Christ a bâti la maison, le Saint Esprit l’habite », écrivait le Père Congar (Esquisses du mystère de l’Église, Cerf, 1966, p. 101).

Oui, l’Esprit habite notre Église. Il en fait un corps vivant. Sans L’Esprit-Saint, écrivait le patriarche Ignace de Lattaquié, « le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Église une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation et l’agir chrétien une morale d’esclave ».

Nous venons renouveler aujourd’hui notre foi en l’Esprit Saint – Dominum et vivificantem-, Il est Seigneur et Il donne la vie. Il guide l’Église au long des âges. Parmi les belles nouveautés que l’Esprit a suscitées lors du dernier Concile, on compte le rétablissement du diaconat comme degré permanent du sacrement de l’ordre.

C’est un rétablissement, parce qu’il existait dans l’Église primitive, comme le soulignera dans un instant la prière consécratoire. Mais, au fil des siècles, il avait fini par être « absorbé » par le ministère des prêtres. Il est d’ailleurs toujours demeuré une étape en vue du sacerdoce. Ce qui est très suggestif : on entre dans le ministère sacré par la porte du service, par l’ordination diaconale.

Mais justement, cette porte du service n’est pas qu’une étape, elle vaut pour elle-même. Pourquoi ? Parce que le service – la diaconie, c’est le même mot – est une note essentielle de la personne et du message de Jésus. « Moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » déclare Jésus lors de ce dernier repas au cours duquel il a lavé les pieds de ses Apôtres.

Bruno, Frédéric et Jean-Vincent, voilà désormais votre devise ! Elle figure d’ailleurs au dos du livret de cette liturgie. Votre ordination vous permettra de dire avec Jésus et en son nom : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert ». Et cela non seulement dans le cadre de la mission qui vous sera confiée, dans les actes concrets de votre ministère, quand vous baptiserez ou quand vous prêcherez, mais en permanence, car il y a dans votre ordination une dimension de consécration, de remise totale de vos vies au Seigneur, si bien signifiée par le geste de la prostration.

C’est impressionnant pour vous. Mais également pour vos épouses et vos enfants de vous voir remettre ainsi vos vies entre les mains de Dieu, dans son Église. Chères familles des ordinands, accueillez ce don mystérieux du sacrement de l’ordre non pas comme une concurrence mais comme un cadeau qui est aussi pour vous. Mesurez bien que votre époux, votre père, par la grâce de l’ordination, sera au milieu de vous « comme celui qui sert ». Cela profitera à ceux vers qui l’Église les envoie, mais, s’ils comprennent bien leur mission, cela profitera aussi et d’abord à vous, leurs proches. Ils seront diacres pour vous.

Mais leur mission s’élargit à la mesure de l’Église diocésaine et universelle dont ils deviennent ministres. Plus que jamais la mission de l’Église est de permettre que la Bonne Nouvelle soit « annoncée aux pauvres ». Il y a une option préférentielle de l’Église pour les pauvres parce qu’il y a une option préférentielle de Jésus pour les pauvres. La pauvreté revêt tant de formes particulières, inédites, à chaque époque. Aussi je rends grâces pour les diacres, ceux qui se dépensent déjà au service de l’Évangile et ceux qui les rejoignent aujourd’hui, parce qu’ils permettent d’honorer visiblement, sacramentellement, cette figure du Christ serviteur des hommes, serviteur des plus pauvres et parce qu’ils nous entraînent sur ce chemin.

Chers diacres, je compte sur vous pour « publier les merveilles de Dieu », comme au jour de la Pentecôte. Annoncez Jésus Sauveur. Annoncez-le aux plus petits, aux plus pauvres, à tous, comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Annoncez-le à temps et à contre temps, dans la force de l’Esprit ! Annoncez-le dans la langue de ceux qui ne le connaissent pas, par l’exemple de vos vies et par la parole, dans la culture de nos contemporains, dans vos milieux professionnels, dans vos familles, là où l’Église vous envoie.

Si vous ne vous sentez pas à la hauteur, c’est bon signe. N’ayez crainte, l’Esprit Saint, que le Père envoie au nom du Fils « vous enseignera tout, il vous fera souvenir » de tout ce que Jésus a dit.

Amen.

† Pierre-Antoine Bozo