Homélie pour la solennité du baptême du Seigneur

Baptême du Seigneur (A)

Chapelle du Carmel du Dorat – Journées paysannes – 11 Janvier 2020

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Au baptême de Jésus, il n’y a eu, figurez-vous, ni parrain, ni marraine, ni signature des registres, ni cloches, ni dragées. Parce qu’il ne s’agit pas du même baptême. Jésus n’a pas été baptisé comme vous et moi « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », puisqu’il est lui-même le Fils !

Je voudrais donc éclaircir le rapport entre le baptême de Jésus et le nôtre. Le même mot « baptême », est employé, qui signifie être plongé, immergé dans l’eau. Et si, par facilité nous avons transformé l’immersion en une aspersion de quelques gouttes sur le front, c’est le même signe extérieur qui est posé au Jourdain et dans les baptistères de nos églises. Alors qu’est ce qui change ?

Pour le comprendre, remarquons d’abord l’ambiguïté du signe de l’eau. Si être baptisé signifie être plongé dans l’eau, vous comprenez qu’il ne faut pas rester trop longtemps plongé, sous peine de ne jamais ressortir. C’est la dimension négative du signe : l’eau est signe de mort.  Mais l’eau est aussi source de vie, les sécheresses récurrentes qui ont tant pesé sur le monde paysan, nous le disent par défaut. Eau de la mort, eau de la vie. Cette double dimension est présente dans le baptême de Jésus et dans le nôtre. Voyons cela.

Jésus vient donc se faire baptiser par son cousin Jean le baptiste, le baptiseur. Saint Matthieu nous a précisé, quelques versets auparavant, que les foules « se faisaient baptiser par lui en confessant leurs péchés » (3, 6). N’est-ce pas étrange, que Jésus, le saint, l’innocent – in-nocens : celui qui ne nuit pas – celui qu’on a jamais pu « convaincre de péché », qui « passait en faisant le bien » comme dit Pierre dans notre deuxième lecture, reçoive ce baptême de repentir pour la rémission des péchés, puisque justement, il n’a pas de péché et donc il n’a pas besoin de se repentir. Le Baptiste ne s’y trompe pas, qui dit à Jésus : « c’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi et toi tu viens à moi ! ».

Jésus n’a certes pas besoin d’être purifié. Il est au contraire, selon Jean-Baptiste, « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Or ce péché, il l’enlève parce qu’il le prend sur lui. Saint Paul a cette formule audacieuse dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous » (2 Co 5, 21). Jésus s’identifie au pécheur mais pour détruire le péché du dedans. Il n’est pas purifié par l’eau du Jourdain, c’est l’inverse qui se passe, c’est l’eau qui est purifiée par lui, pour que dorénavant, par elle, nous soyons purifiés. C’est la dimension de guérison, de libération.

Mais il y a davantage. Jésus est entré dans l’eau, nous venons d’évoquer le sens de cette plongée. Mais il en sort. Et au moment où il sort de l’eau, « voici que les Cieux s’ouvrirent ». Oui, les Cieux se sont ouverts. L’accès à Dieu ne nous est plus fermé. Le prophète Isaïe s’était écrié : « Ah, Seigneur, si tu déchirais les cieux et si tu descendais… ». Voilà qui est fait. Dieu a déchiré les Cieux pour descendre jusqu’à nous. Mais c’est une ouverture à double sens : Dieu vient à nous et nous pouvons accéder à Dieu. Ce que le Père dit du Fils unique : « c’est lui mon Fils bien aimé, en lui j’ai mis tout mon amour », il le dit désormais à chacun de nous, qui sommes devenus des fils adoptifs : « c’est toi mon fils bien aimé. En toi j’ai mis tout mon amour ».

Nous avons reçu par le baptême le gage d’une vie plus forte que la mort. D’une vie éternelle qui est déjà commencée, et qui fait que notre rapport au temps et à l’éternité ne peut plus être guidé par la peur, mais seulement par une immense Espérance, qui nous permet, tout en connaissant, parfois durement dans notre propre chair, le mal et la souffrance, d’avancer pourtant avec confiance vers l’avenir Bienheureux où le Christ nous précède et nous fait entrer par son baptême et par le nôtre. Amen.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo