Lettre aux diocésains n°2

Le 3 septembre 2019,

 

Chers diocésains,

 

Voici deux ans, j’étais ordonné évêque de Limoges. Je commence à mieux connaître la mission épiscopale et… le Limousin. Jusqu’à décembre dernier, cette connaissance s’est approfondie surtout à travers les visites pastorales des trente paroisses du diocèse, dont j’ai rendu compte début janvier dans une première « Lettre aux diocésains », sous forme d’action de grâces pour tout ce que j’avais vu et entendu. Cette lettre listait également un certain nombre de chantiers pastoraux en cours. Au seuil de cette nouvelle année pastorale, je voudrais vous livrer quelques réflexions et points d’attention pour la vie de nos communautés, mouvements et services. La vie d’un diocèse requiert un équilibre entre l’attention à son unité – entretenue par les orientations que donne l’évêque, éclairé par ses différents conseils – et une juste autonomie des paroisses, des mouvements et services. En tous ces lieux il faut bien sûr encourager une vraie liberté et créativité pastorale et veiller aussi à la communion avec la vie diocésaine que cette lettre veut entretenir.

 

Question urgente

 

Comme je l’écrivais dans ma lettre de janvier, j’ai eu la joie de découvrir des paroisses en bon « ordre de marche », malgré certaines fragilités que nous connaissons bien (difficultés de renouvellement, absence de jeunes, etc.). Cependant, quelques éléments nouveaux, prévus ou imprévus, sont venus nous faire sentir davantage cette fragilité du côté du nombre des ministres ordonnés. En cette rentrée pastorale, trois paroisses se trouvent dans la situation envisagée par le Canon 517 § 2, qui stipule qu’en raison de la pénurie de prêtres, l’évêque peut confier « à une personne non revêtue du caractère sacerdotal ou encore à une communauté de personnes » une « participation à l’exercice de la charge pastorale d’une paroisse ». L’évêque nomme alors un prêtre non résident dans la paroisse comme « modérateur de la charge pastorale ». Nous sommes bien dans une situation de pénurie de prêtres. Ce qui m’oblige à confier à des prêtres déjà en charge d’une ou plusieurs paroisses la responsabilité de « modérateur » d’une autre paroisse, qui alourdit encore leur mission. Il est aussi demandé à des paroissiens déjà fort sollicités de s’organiser pour participer à l’exercice de la charge de la paroisse, en l’absence de curé résident.

Face à cela, je dis ma gratitude à tous ceux qui acceptent avec fidélité et générosité de servir les communautés paroissiales en s’engageant dans ces missions nouvelles. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de cette situation. Notre défi n’est pas « de sauver les meubles », mais bien d’annoncer qu’en Jésus-Christ les hommes sont sauvés ! Ce défi m’indique trois points d’attention.

 

Trois points d’attention

 

1. Aimer les prêtres. Nous avons besoin de prêtres. Ce n’est pas une affirmation teintée de je ne sais quel cléricalisme, c’est la fidélité à l’Évangile et à la Tradition de l’Église. Vous savez combien les terribles affaires d’abus sexuels révélées ces dernières années nous ont blessé et ébranlé. Vous savez aussi la détermination de l’Église – et la mienne pour notre diocèse – à prévenir, dénoncer et réprimer de tels forfaits. Le Saint Père dénonce à juste titre le cléricalisme lié à ces abus. Mais il nous faut être attentifs à ce qu’en retour une sorte d’anticléricalisme interne à l’Église ne vienne pas entraver la mission des prêtres.

Comme vous, je sais qu’ils ne sont pas parfaits, pas plus que… chacun de nous. Mais, comme les Apôtres, nous n’avons pas été appelés parce que nous serions sans défauts, inattaquables en tous points. Nous l’avons été pour qu’à travers le sacrement de l’Ordre que nous avons reçu, l’amour de Dieu soit annoncé et transmis, malgré toutes nos pauvretés humaines, par les moyens qu’Il a lui-même choisis.

Je vous invite donc à estimer les prêtres, à porter sur leur ministère un regard de foi, à dépasser les petits débats de sensibilité ou d’idéologie qui enveniment parfois les relations. N’hésitez pas à lire la belle lettre que le Pape François vient d’adresser aux prêtres pour les remercier et les encourager à l’occasion de la fête du Saint Curé d’Ars cette année1. Prions, sans relâche, pour les vocations de prêtres, désirons-les et n’hésitons pas à en parler.

L’invitation que je vous adresse à aimer les prêtres est également un appel pour les prêtres à veiller à la qualité et à la cohérence de leur propre témoignage, à devenir de plus en plus « aimables ». Les moyens spirituels, la formation, la fraternité et l’unité du presbyterium sont autant de moyens à soigner de leur part « pour que le monde croie » (Jn 17, 21).

2. Appeler des ouvriers. Nous avons besoin de tous les baptisés, hommes et femmes, qui s’engagent amoureusement, humblement, dans la vie ecclésiale. Merci à tous ceux d’entre vous qui donnent de leur temps, de leurs compétences, pour accueillir, accompagner, enseigner, catéchiser, prier, soutenir, chercher de nouveaux chemins. Continuez s’il vous plaît d’aimer l’Église malgré tout ce qui l’abîme et de la considérer, dans la foi, comme une Mère aimante. Elle a besoin de chacun. Merci aux religieuses qui vaillamment continuent de donner le beau signe de la vie consacrée, aux diacres qui manifestent la sollicitude de l’Église avec les petits et les pauvres. Merci à tous ceux qui répondent à l’appel, quand le confort serait de démissionner, de rester chez soi… Notre vie vaut par ce que nous donnons ! Il nous faut être plus audacieux pour appeler, y compris des gens qui sont au seuil de l’Église, c’est souvent en s’y engageant qu’ils apprennent à la connaître et à l’aimer.

Merci en particulier à ceux qui s’adonnent à la mission difficile d’être témoins de Jésus auprès des jeunes, à travers le catéchisme, les aumôneries et mouvements de jeunes, avec tout ce qu’il y faut de patience, d’adaptabilité, de détermination, d’audace… Je voudrais vraiment que les jeunes soient une priorité de notre souci pastoral. Ne baissons pas les bras, ne prenons pas la fuite ! L’équipe diocésaine de la Pastorale des jeunes, sous la houlette de Soeur Claire, continue de mûrir des projets. La récente exhortation apostolique du Pape François, Christus Vivit, est un bel outil pour nous éclairer dans cette mission. Avec le Saint Père, nous devons avoir au coeur « d’annoncer aux jeunes le plus important, ce qui est primordial, ce qu’il ne faut jamais taire. Une annonce qui comprend trois grandes vérités que nous avons tous besoin d’entendre, sans cesse, encore et encore : Dieu qui est amour, le Christ qui sauve, l’Esprit qui donne la vie » (n° 111). En amont et en aval, la pastorale familiale, au service de laquelle je viens de nommer Bruno Pennel, nouveau diacre et son épouse Stéphanie, et le Service Diocésain de Catéchèse sont des appuis précieux, avec lesquels nous devons collaborer.

3. Raviver notre ardeur missionnaire. Le Pape François, à travers ses lettres stimulantes (en particulier La joie de l’Évangile) nous relance sans cesse dans notre mission de « disciples missionnaires », d’évangélisateurs. Cette année, à l’occasion du centenaire de la lettre Maximum illud de Benoît XV (30 novembre 1919), le Pape François a décrété le mois d’octobre « mois missionnaire extraordinaire ». Il souhaite « relancer l’ardeur de l’activité évangélisatrice de l’Église ». Les paroisses du diocèse sont invitées à marquer ce mois par des initiatives de mission, de prière, dont vous serez informés.

Comme il faudrait que ce souci ne retombe pas, que le désir ardent de Jésus : « je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » (Lc 12, 49) soit vraiment le nôtre ! La question n’est pas de « faire du chiffre », de gonfler les statistiques, ou de retrouver je ne sais quelle époque idéale. Nous n’avons rien à vendre, rien à prouver. Nous ne sommes ni des propagandistes ni des prosélytes. Nous avons simplement rencontré en Jésus « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Nous ne voulons pas garder ce trésor pour nous, puisqu’il est pour tous. Nous voulons le proposer à la liberté de nos contemporains qui ne le connaissent pas ou ne le connaissent que « de loin ». Nous voudrions faire nôtre ce cri du coeur de saint Paul « Annoncer l’Évangile est une nécessité qui s’impose à moi… Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !» (1 Co 9, 16).

Pouvons-nous, chacun, assumer cette exclamation ? Ne manquons-nous pas d’audace ? Sommes-nous animés par ce désir missionnaire ? Le Saint Père nous stimule dans cette dynamique et nous indique le chemin des « disciples-missionnaires », qui insiste sur cette vérité élémentaire : pour être missionnaire, il faut être disciple. Nous n’annoncerons Jésus que dans la mesure où nous serons attachés à Lui, où nous grandirons dans l’amitié avec Lui. Rien ne se fera dans l’ordre de la mission si chacun de nous ne devient pas davantage disciple.

L’Église de France, pourtant fragilisée, fourmille d’initiatives magnifiques, de tous styles, pour continuer l’oeuvre missionnaire. Nous pouvons nous en inspirer, inventer, inviter les nombreuses associations et communautés qui ont l’expérience des missions, de l’annonce auprès de ceux qui sont loin. Mais la mission n’est pas seulement une affaire de projets paroissiaux ou diocésains, elle commence à notre porte, dans nos familles, sur nos lieux de travail, avec nos voisins. Notre joie et notre fierté d’être chrétien, notre ardeur à suivre Jésus, sont-ils attractifs ?

 

Une Église synodale, où tous se sentent concernés…

 

Pour m’aider dans le discernement et le gouvernement du diocèse, en plus des conseils existants : conseil épiscopal, conseil presbytéral, conseil des affaires économiques (le conseil presbytéral seul est composé exclusivement de prêtres, comme son nom l’indique, les autres sont constitués de ministres ordonnés et de laïcs), j’ai donc lancé une « équipe de veille synodale ». Composée d’une petite dizaine de personnes, cette équipe, qui n’a pas à se préoccuper des questions de la gestion courante du diocèse, est chargée de mettre en oeuvre la synodalité dans le diocèse, c’est à dire d’être à l’écoute, de consulter des catholiques de tous horizons, de faire de la prospective et des propositions à l’évêque. Nous ne devons pas en attendre de résultats immédiats, il lui faut trouver son mode de fonctionnement et son rythme de croisière. Mais vous pouvez contacter cette équipe2 pour des suggestions en vue de l’avenir du diocèse, de la vie de l’Église, de l’évangélisation… Elle est à l’écoute, profitez-en. Elle veut permettre que chacun se sente partie prenante de la vie de l’Église. Nous vous tiendrons informés de l’évolution de son travail.

 

Conclusion

La prière au coeur de la vie de l’Église

 

Enfin, je suis certain que rien ne se fera dans l’ordre de la mission sans la puissance de la prière. Elle nous situe justement devant Dieu. « L’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu », disait le Curé d’Ars. La prière évite la tentation de l’activisme ou du « pélagianisme », qui nous fait trop compter sur nos propres forces, elle indique le primat de la grâce.

Je vous invite à entretenir et développer en vous le goût de la prière, sous toutes ses formes, la fréquentation de la Parole de Dieu et des sacrements. Là encore, nous pouvons nous entraider, prendre des initiatives pour nous stimuler dans la prière, la lectio divina, la liturgie des heures, l’adoration, l’oraison, le chapelet…

Encourager les prêtres, savoir appeler tous les baptisés, développer une culture missionnaire, ne pas abandonner la jeunesse, vivre la communion dans une Église synodale, dont tous se sentent partie prenante, et prier en tout temps, voilà quelques points d’attention pour cette année.

Je vous souhaite une bonne année, missionnaire. Je compte sur vous, sur votre prière et vous redis ma joie de servir l’Église de Limoges,

 

† Pierre-Antoine Bozo

évêque de Limoges

 

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1 https://eglise.catholique.fr/vatican/messages-du-saint-pere/483591-lettre-pape-francois-aux-pretres-a-loccasion-160-ans-demort-de-saint-jean-marie-vianney/

2 Contacter l’équipe de veille synodale