Messe de rentrée de l’Enseignement catholique

Cathédrale Saint-Étienne – 20 septembre 2019

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Il faut situer ce passage que nous venons d’entendre : ce sont les tout derniers versets  du chapitre 28, le dernier de l’Évangile selon Saint Matthieu. Ces versets évoquent la rencontre de Jésus ressuscité avec les Onze. Parce qu’ils ne sont plus douze, mais onze : Judas, hélas, s’est pendu. Mais les autres, les onze, la dernière fois que Saint Mathieu nous parle d’eux, c’est au moment de l’arrestation de Jésus : « les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite » (26, 56).

On n’entend plus parler d’eux jusqu’à cette dernière rencontre. Sauf de Pierre, qui a fui, mais qui a tout de même tenté de suivre Jésus de loin, discrètement, pour voir ce qui se passait. Et quand il est reconnu, dans la cour du grand prêtre où Jésus est interrogé, et qu’on lui dit : « mais toi, tu fais partie de ceux qui suivaient Jésus », il  renie trois fois de suite : «  je ne connais pas cet homme ».

Celles qui n’ont pas déserté, ce sont les femmes. C’est à elles d’ailleurs que Jésus ressuscité apparaît en premier. C’est à elles qu’il dit « allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée et là, ils me verront ».

Voilà le contexte de ce passage. Je voudrais, à partir de là, faire trois remarques.

1 – On pourrait imaginer que Jésus, avant de les envoyer en mission, commence par mettre quelques pendules à l’heure, en faisant remarquer aux Onze que vraiment, ils n’ont pas été à la hauteur. Il aurait pu glisser une petite phrase ironique du genre : «merci beaucoup pour votre soutien courageux à Jérusalem quand j’ai été arrêté. Merci en particulier à Pierre, qui a montré un grand courage… ».

Mais rien de tout cela. Non pas que Jésus n’ose pas, ou pour ne pas faire de vagues. Mais simplement parce qu’il a pardonné. C’est pour les apôtres aussi, pour leurs péchés, qu’il a donné sa vie. Il ne dit rien parce qu’il n’est pas venu pour condamner mais pour sauver.

Voilà qui nous interroge, nous qui suivons Jésus. Nous qui sommes si rapides à faire remarquer aux autres leurs erreurs, leurs manquements… A leur régler leur compte d’un méchant coup de griffe. Nous qui aimons tant que justice nous soit rendue, avec les honneurs, que notre bon droit soit reconnu. Nous qui sommes si rapides à voir la paille qui est dans l’œil de nos frères et ignorons la poutre qui est dans le nôtre. Méditons sur cette relation de Jésus avec ses Apôtres…

  1. Jésus ressuscité apparaît. C’est comme si un mort leur apparaissait. Ca ne va pas de soi : « quand ils le virent, ils se prosternèrent mais certains eurent des doutes ». Il faut faire le choix de reconnaître Jésus comme le vivant, de croire qu’il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Être chrétien, c’est cela, c’est croire que Jésus, le Fils de Dieu, qui s’est fait homme comme nous, qui a donné sa vie pour nous,  a vaincu la mort. Il vit. Si vous ne croyez pas cela, vous n’êtes pas chrétiens. Dans ce cas, je vous invite à chercher, à chercher la vérité, les raisons de vivre, ce qui va donner sens à votre vie, au-delà des petits plaisirs qui ne suffisent pas à nous rendre heureux.

  1. Si vous croyez que Jésus est ressuscité. Qu’il a donné sa vie pour vous, alors, il vous envoie. Vous remarquez, dans notre Évangile : il n’est pas venu rencontrer les onze pour passer un moment avec eux et les réconforter, mais pour les envoyer.

– « Allez ! ». Il faut bouger.

Ensuite, il faut être missionnaire : faites des disciples. Pas pour gagner de l’argent, ça ne rapporte rien ; pas pour faire du nombre et remplir les églises. Mais parce que si Jésus est le chemin, la vérité et la vie, on a envie de le transmettre, de l’annoncer, de faire des disciples ! Et comment fait-on des disciples ?

– « Baptisez-les » : il faut d’abord être plongés – baptizein – dans l’amour de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit.

– ensuite, comme une conséquence, on essaie de suivre Jésus : « apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ». Parce qu’on est devenu enfant de Dieu, on veut vivre comme Jésus le demande et comme Jésus le montre.

Dans sa belle exhortation à la jeunesse, que je vous recommande : « Christus vivit – il vit le Christ », le Pape François écrit ceci que je vous laisse pour terminer :

« Les jeunes sont appelés à témoigner de l’Évangile partout, par leur propre vie. Être apôtre, ce n’est pas porter une torche à la main, posséder la lumière, mais être la lumière. L’Évangile, plus qu’un enseignement est un exemple. Le message changé en vie vécue ». (CV 175).

Si vous vivez l’Évangile, vous serez des disciples et des missionnaires. Vous donnerez son plus beau sens à votre vie.

 

† Pierre-Antoine Bozo