Paroles aux Églises (RCF) – 8 avril 2019

En préparant une conférence pour le Carême à Limoges, comme je « scrutais les Écritures », j’ai découvert une nuance qui m’avait échappé à propos de l’idée de nouveauté. Dans l’Apocalypse, celui qui siège sur le trône déclare : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». En grec, ce « nouvelle » est traduit par Kaina. Kainos signifie nouveau, mais il y a également un autre mot pour dire nouveau en grec, que l’on connaît mieux : c’est néos (néophyte – une nouvelle plante – ou néo ruraux).

 

Cette distinction kainos/neos s’éclaire bien dans le passage de l’Évangile où Jésus explique qu’il faut mettre du vin nouveau dans des outres neuves. Le vin nouveau, c’est «  neon » et les outres neuves, c’est «  kainous ». Disons que le vin nouveau, c’est vraiment le Beaujolais nouveau, c’est-à-dire tout juste produit. Il est nouveau temporellement – néos. Mais l’outre neuve, ça ne veut pas dire qu’on vient de la confectionner, ça veut dire qu’elle est d’une autre qualité, d’une nouvelle qualité – kainos.

 

Cette distinction est importante. Elle nous dissuade de traduire nouveau par « dernier cri » ou up to datenéos -. Si nous voulons calquer la nouveauté de l’Évangile avec les valeurs tendances, nous serons toujours en retard d’une mode. Toute nouveauté n’est pas nécessairement un bien. Bien sûr, il n’est pas interdit de « vivre avec son temps », on peut être chrétien sans être automatiquement ringard. Mais, comme le suggère le Père de Lubac, « qui veut trop s’adapter risque de se mettre à la remorque ». Madeleine Delbrel écrivait de son côté : « les chrétiens n’ont pas besoin d’une foi nouvelle ou rajeunie, ils ont simplement besoin de vivre la nouveauté et la jeunesse de la foi ».

 

Dans La joie de l’Évangile, le Pape François écrit : « Le Christ est toujours jeune et source constante de nouveauté. (…) Il peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté, et même si la proposition chrétienne traverse des époques d’obscurité et de faiblesse ecclésiales, elle ne vieillit jamais ».

 

Alors, si l’Église a besoin d’un coup de jeune, il ne faut pas d’abord qu’elle s’adapte à l’air du temps, mais qu’elle resplendisse de la nouveauté du Christ, qu’elle ne s’éloigne pas de son Maître et Seigneur, mais qu’elle soit de plus en plus référée à Lui.

 

Pour ne pas vieillir, ce n’est pas au monde que nous devons nous adapter, c’est au Dieu éternellement jeune et nouveau, néos et kainos.

 

† Pierre-Antoine Bozo