Veillée pascale 2019

Cathédrale Saint-Étienne de Limoges –20 avril 2019

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Cette vigile Pascale est une célébration très antique, et en tout cas la plus importante de toutes les solennités de l’année liturgique. Saint Augustin dit qu’elle est la mère « de toutes les saintes veillées [1]».

Au terme des 40 jours du Carême, l’Église prend le temps de se remémorer le long chemin de Dieu avec le Peuple Saint. Nous sommes partis du commencement. Non pas pour dire comment s’est passé la création, mais parce que notre profession de foi commence par « Je crois en Dieu le Père Créateur ». Notre foi embrasse l’homme dans sa totalité, depuis son origine en Dieu jusqu’à sa fin dernière en Dieu. Ce récit de la Genèse dit que l’homme, créé homme et femme, n’est pas un produit du hasard, un fruit accidentel de l’évolution. Il est le fruit de la volonté, de la liberté et de l’amour de Dieu.

« Quelle profusion dans tes œuvres Seigneur », avons-nous chanté. Cette extraordinaire création, donnée par Dieu à l’homme, qui en est le sommet, cette extraordinaire création dont nous nous apercevons qu’il faut prendre soin davantage, cette création que Dieu nous a donné pour notre joie, elle est pourtant le prélude à une œuvre plus grande encore.

Avez-vous été attentifs à cette magnifique oraison que j’ai lue après le livre de la Genèse ? Elle demande ceci : « Dieu éternel et tout puissant, (…) donne aux hommes que tu as rachetés de comprendre que le sacrifice du Christ, notre Pâque, est une œuvre plus merveilleuse encore que l’acte de création au commencement du monde ».

Plus grand que la création, il y a la re-création. La joie de ce soir, c’est la joie d’une création nouvelle ! La Résurrection n’est pas un retour de Jésus à la vie d’avant. Elle est une vie nouvelle. Le récit de l’Évangile que nous venons d’entendre montre la difficulté des saintes femmes, et encore plus celle des Apôtres à accueillir cette nouvelle : « ces propos leur semblèrent délirants et ils ne les croyaient pas ». Pierre voit le tombeau vide et s’en retourne « tout étonné de ce qui est arrivé ». A-t-il vraiment compris ? Pas encore, certainement.

Mais cette difficulté à croire à la Résurrection s’explique fort bien : c’est une expérience absolument nouvelle, sans aucun équivalent, ni dans leur expérience, ni dans l’histoire religieuse de l’humanité.

Chers amis catéchumènes, dans un instant vous allez être plongés dans l’eau du baptême. Vos lettres me l’ont dit, selon des cheminements différents, grâce au témoignage de frères et sœurs chrétiens, vous avez été attirés par la figure de Jésus, par son message, ses miracles, son attitude si aimante, si généreuse.

Mais toute la vie de Jéssu ne trouve son sens, son accomplissement que dans le grand Mystère Pascal. Jésus n’est pas seulement un maître de sagesse, il n’est pas seulement un grand homme, un génie de l’humanité. Il est surtout et pour toujours vainqueur du mal, vainqueur du péché, vainqueur de la mort ! Sur la Croix, il a pris sur lui toutes nos faiblesses, nos infirmités, nos péchés, nos souffrances et cette limite indépassable de la mort et tout cela il l’a englouti pour toujours en descendant au séjour des morts d’où le Père l’a tiré, victorieux !

Et cela il l’a fait pour nous, pour vous. Il nous fait participer à sa victoire. En Lui, nous sommes victorieux. Bien sûr, il y a encore le règne du mal, du péché, de la mort. Bien sûr, il y a l’incendie de Notre-Dame, il y a tant d’hommes qui souffrent et tant d’hommes qui font souffrir. Mais le Christ est ressuscité, premier né d’entre les morts. Il nous ouvre le chemin de la Vie. Ceux qui ont reçu le sacrement de la réconciliation en ces jours saints le savent bien : le péché n’a pas le dernier mot. Ceux qui sont marqués par l’épreuve du deuil le savent également : la mort n’a pas le dernier mot, parce que le Christ est ressuscité des morts. Notre victoire est définitive et elle est en Espérance, elle est là et elle est à venir.

Le tombeau est vide et Jésus est apparu aux témoins qu’il a choisis. C’est l’unique raison de l’Église, malgré ses innombrables faiblesses et trahisons. Depuis deux mille ans, elle chante le même chant de joie dans la nuit de Pâques, elle donne dans le baptême la même vie du Christ vainqueur et dans la confirmation l’Esprit promis. Elle nous nourrit du Pain des Anges, de la présence même du ressuscité dans l’Eucharistie.

C’est tout cela, chères amies catéchumènes qui vous est donné ce soir, gratuitement, surabondamment. Et à nous aussi, qui grâce à vous nous émerveillons davantage ! Oui, décidément, Dieu vit tout ce qu’Il avait fait, c’était très bon ! Amen.

[1]Saint Augustin, Sermo219 (PL 38, 1088)

 

† Pierre-Antoine Bozo