La Mission au coeur de la foi chrétienne

LA MISSION AU CŒUR DE LA FOI CHRETIENNE

Mais qu’est ce que la Mission ?

 Voici pour répondre quelques extraits de l’intervention du pape François à la Pentecôte 2017

« L’Eglise est missionnaire par nature. Si ce n’était pas le cas, elle ne serait plus l’Eglise du Christ mais une association parmi tant d’autres qui, bien vite, finirait par épuiser son but et disparaître. C’est pourquoi nous sommes invités à nous poser un certain nombre de questions qui touchent notre identité chrétienne même et nos responsabilités de croyants dans un monde confus par tant d’illusions, blessé par de grandes frustrations et lacéré par de nombreuses guerres fratricides qui frappent injustement les innocents en particulier. Quel est le fondement de la mission ? Quel est le cœur de la mission ? Quelles sont les attitudes vitales de la mission ?

La mission de l’Eglise, destinée à tous les hommes de bonne volonté, est fondée sur le pouvoir transformant de l’Evangile. L’Evangile est une Bonne Nouvelle qui porte en soi une joie contagieuse parce qu’il contient et offre une vie nouvelle : celle du Christ ressuscité qui, en communiquant son Esprit vivifiant, devient Chemin, Vérité et Vie pour nous (cf. Jn 14, 6). Il est le Chemin qui nous invite à Le suivre avec confiance et courage. En suivant Jésus comme notre Chemin, nous faisons l’expérience de la Vérité et nous recevons sa Vie, qui est pleine communion avec Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint, nous rend libre de toute forme d’égoïsme et se trouve être source decréativité dans l’amour.

La mission de l’Eglise n’est donc pas la diffusion d’une idéologie religieuse et pas même la proposition d’une éthique sublime. De nombreux mouvements de par le monde savent produire des idéaux élevés ou des expressions éthiques remarquables. Par le biais de la mission de l’Eglise, c’est Jésus Christ qui continue à évangéliser et à agir. Par l’intermédiaire de la proclamation de l’Evangile, Jésus devient toujours à nouveau notre contemporain, afin que ceux qui l’accueillent avec foi et amour fassent l’expérience de la force transformatrice de son Esprit de Ressuscité qui féconde l’êtrehumain et la Création comme le fait la pluie avec la terre.    « Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 276).

Rappelons-nous toujours que « à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoît XVI, Encyclique Deus caritas est, n. 1). L’Evangile est une Personne, qui s’offre continuellement et continuellement invite ceux qui l’accueillent avec une foi humble et laborieuse à partager sa vie au travers d’une participation effective à son mystère pascal de mort et résurrection. Le monde a essentiellement besoin de l’Evangile de Jésus Christ. Au travers de l’Eglise, il continue sa mission de  Bon Samaritain, en soignant les blessures sanglantes de l’humanité, et de Bon Pasteur, en cherchant sans relâche celui qui s’est égaré sur des chemins tortueux et sans but. Et, grâce à Dieu, les expériences significatives témoignant de la force transformante de l’Evangile ne manquent pas non plus. Je pense au geste de cet étudiant Dinka qui, au prix de sa propre vie, protège un étudiant de la tribu Nuer destiné à être tué. Je pense à cette Célébration eucharistique, à Kitgum, dans le nord de l’Ouganda, alors ensanglanté par la férocité d’un groupe de rebelles, lorsqu’un missionnaire a fait répéter aux personnes les paroles de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », en tant qu’expression du cri désespéré des frères et des sœurs du Seigneur crucifié. Cette célébration fut pour le peuple source de grande consolation et de beaucoup de courage. Et nous pouvons également penser aux nombreux, aux innombrables témoignages de la manière dont l’Evangile aide à surmonter les fermetures, les conflits, le racisme, le tribalisme en promouvant partout et entre tous la réconciliation, la fraternité et le partage.

La mission de l’Eglise est animée par une spiritualité d’exode continuel. Il s’agit de « sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile» (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 20). La mission de l’Eglise stimule une attitude de pèlerinage continuel  à travers les différents déserts de la vie, à travers les diverses expériences de faim et de soif de vérité et de justice. La mission de l’Eglise inspire une expérience d’exil continuel, pour faire percevoir à l’homme assoiffé d’infini sa condition d’exilé en chemin vers la patrie définitive, tendu entre le « déjà » et le « pas encore » du Royaume des Cieux.

La mission dit à l’Eglise qu’elle n’est pas une fin en soi mais un humble instrument et une médiation du Royaume. Une Eglise autoréférentielle, qui se complait de ses succès terrestres, n’est pas l’Eglise du Christ, son corps crucifié et glorieux. Voilà pourquoi nous devons préférer « une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités» (ibid., n. 49).

Les jeunes représentent l’espérance de la mission. La personne de Jésus et la Bonne Nouvelle qu’il proclame continuent à fasciner de nombreux jeunes. Ils cherchent des parcours au travers desquels mettre en œuvre le courage et les élans du cœur au service de l’humanité. « Nombreux sont les jeunes qui offrent leur aide solidaire face aux maux du monde et entreprennent différentes formes de militance et de volontariat […].Qu’il est beau que des jeunes soient “pèlerins de la foi”, heureux de porter Jésus dans chaque rue, sur chaque place, dans chaque coin de la terre ! » (ibid., n. 106).

La prochaine Assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques, qui se tiendra en 2018 sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations », se présente comme une occasion providentielle pour impliquer les jeunes dans la responsabilité missionnaire commune qui a besoin de leur riche imagination et de leur créativité.

Soyons missionnaires en nous inspirant de Marie, Mère de l’Evangélisation. Mue par l’Esprit, elle accueillit le Verbe de la vie dans la profondeur de son humble foi. Que la Vierge nous aide à dire notre « oui » dans l’urgence de faire résonner la Bonne Nouvelle de Jésus à notre époque ; qu’elle nous obtienne une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Evangile de la vie qui remporte la victoire sur la mort ; qu’elle intercède pour nous afin que nous puissions acquérir la sainte audace de rechercher de nouvelles routes pour que parvienne à tous le don du salut.

Pour compléter, une homélie sur « être missionnaire » dans le style toujours direct et concret de Mgr David Macaire, archevêque de la Martinique, s’adressant à ses fidèles (oct 2015) :

« Allez mon prochain ! Allez, allez !

Dieu merci, le temps des catholiques qui se contentent de fréquenter la messe du Dimanche et de poursuivre la semaine sans penser à Dieu ni parler de Lui, est terminé. TER-MI- NÉ !

Peut-être parce que nous étions « trop » nombreux, trop installés aussi dans nos pantoufles, nous nous serions satisfaits de nos églises remplies et des centaines d’enfants encore inscrits au catéchisme. Il est vrai que, par manque d’esprit missionnaire et de sens du témoignage, nous avons laissé le champ libre jusque parmi nos fidèles, à des missionnaires qui ne partagent pas notre foi. Certains annoncent Jésus-Christ et c’est tant mieux, mais d’autres sont les suppôts de toutes sortes de doctrines frelatées… quand ils ne sont pas ceux de Satan.

Qu’on se le dise : La Mission n’est une option pour aucun baptisé, elle est obligatoire ! La mission n’est pas réservée dans notre Eglise à une élite de purs qui aurait reçu le droit de témoigner de Jésus à des consommateurs. Un catholique est un pécheur pardonné qui est rendu ivre par la joie du Salut, et qui ne peut pas ne pas annoncer la Bonne Nouvelle du Christ !

Un catholique est un marin-pêcheur ou un agriculteur harassé par le travail et les soucis administratifs, mais qui chaque jour rend grâce à Dieu pour les fruits de son labeur et entraîne ses amis et sa famille dans la louange. Un catholique est une mère de famille célibataire luttant pour éduquer ses enfants, supporter le regard des autres et vaincre les démons de la solitude, mais qui donne encore de son temps libre pour servir l’Eglise et entraîner des amis dans un groupe de prière. Un catholique est un chef d’entreprise sur-occupé, accablé de soucis, qui nourrit de grandes ambitions pour sa société et qui, malgré les critiques et les inquiétudes, garde le souci de chacun de ses collaborateurs, de sa famille et des pauvres. Un catholique est une personne âgée qui sait que ni le mépris du monde pour le grand âge ni les ennuis de santé ne l’empêcheront de rester fidèle à Dieu et de témoigner à son entourage.

Un catholique est un chômeur qui prend le pouvoir sur le sentiment d’échec et d’injustice qui naît de sa situation, garde la confiance et témoigne de son espérance par toute sa vie. Un catholique est une femme ou un homme politique qui, au milieu des inquiétudes et des déceptions de ce monde, invoque le Seigneur pour offrir ses compétences et son temps en sacrifice pour le bien commun. Un catholique est une responsable de la pastorale de l’Eglise qui reste toujours dans l’onction de l’Esprit-Saint, dans l’amour, et accepte avec humilité et sans amertume les critiques et les limites de ceux dont elle a été faite servante. Un catholique est un père ou une mère de famille qui, malgré les combats quotidiens, garde la joie et l’esprit de contemplation. Un catholique est un artiste qui promeut dans le monde une culture dépolluée des démons de la vulgarité et met son talent au service de la louange divine. Un catholique est un homme ou une femme divorcée-remariée qui aime Jésus et qui, implorant Dieu pour sa situation, redouble d’esprit de prière et de service. Un catholique est un homme tenté par le sexe, le jeu, l’oisiveté et les douceurs de la médiocrité mais qui, sans se placer au-dessus de ses amis, prie chaque jour, se montre fraternel et toujours présent auprès d’eux et leur parle de Jésus. Un catholique est une adolescente attirée par les séductions de la fausse liberté de ce monde de facilité et de vulgarité, mais qui choisit Jésus par la pureté, le service, le témoignage et la louange dans l’Eglise. Un catholique est un prisonnier qui s’est laissé aller à la violence et à toute sorte de trafic et qui, au lieu de se condamner lui-même et de se laisser envahir par la haine du monde et le désespoir, laisse jaillir en lui, dans sa prison, la douceur à laquelle Jésus l’appelle. Un catholique est un enfant qui, malgré les tentatives de perversion de ce monde, a choisi Jésus et qui le sert par sa fidélité à la messe. Un catholique est un agonisant qui garde l’espérance au cœur de sa souffrance et dont le témoignage bouleverse le personnel soignant.

Un catholique est une jeune fille mise enceinte au cours d’une relation non fondée dans l’alliance avec Dieu et qui choisit la vie, malgré les critiques de sa famille, l’abandon de son compagnon ou le sentiment de déshonneur. Un catholique est un jeune confirmand qui a reçu le sacrement de l’envoi et qui reste fidèle à sa promesse en s’engageant dans son Eglise…

Bref, un catholique est quelqu’un qui dit « oui » à Dieu, maintenant et tout-de- suite, sans tenir compte de ses faiblesses et du regard du monde sur lui. Un catholique c’est toi, mon prochain.

A tous, je lance et relance un appel pressant, l’appel du Concile Vatican II, l’appel des Papes. C’est un appel qui vient de l’Esprit-Saint et s’adresse à chaque chrétien catholique. Allez en mission, allez, allez ! Allez, mon prochain, allez, allez ! »

Alors à chacun de trouver sa place de missionnaire, « en allant à la rencontre de ceux et en particulier des  jeunes qui nous attendent», comme le témoignait cet été à Lourdes un prêtre syrien, nous montrant que l’évangélisation est toujours une remise en cause personnelle.

Relevons le défi !

C’est ce que nous indique sans détour la devise choisie par notre nouvel évêque Mgr Bozo :

« La charité du Christ nous presse » (St Paul).

Textes relevés par Blandine ARDANT, Paroisse de l’Assomption.