Le mystère de Saint Expedit

Le mystère de Saint Expédit

A gauche de la porte quand on quitte l’église de Vallière, il y a une statue. Il est probable que 90% de ceux qui y passent ne s’en sont jamais rendu compte. C’est une statue effacée, en gris, installé à un endroit qui n’attire pas l’attention. Elle représente un soldat romain et pour qu’on ne se trompe pas, le nom Saint Expédit est écrit sur le socle.

C’est quelqu’un qui a de forts liens avec l’Île de la Réunion qui a demandé pourquoi elle était là. Le hasard a fait qu’un autre membre de la congrégation, également réunionnais, se trouvait à 2 mètres de là et ils ont pu faire connaissance.

Voici ce qu’ils nous ont appris sur ce saint.

« Un bourgeois, dit ‘Gros Blanc’ à la Réunion, est arrivé sur l’Île par bateau avec une statue. Au moment que le bateau entrait dans le port, il a chaviré. Les gens, pris de panique, ont crié ‘Expédit, Expédit’. Par la suite on interprète ce mot : ‘Il exauce vite’. En latin, sur le socle de cette statue , on lit ‘Va-t-en Satan’.

Après la deuxième guerre mondiale, un ancien   résistant est nommé préfet de la Réunion. Pendant la guerre cet homme avait lutté contre l’occupation nazie, et a pris l’habitude d’aller prier, en compagnie d’autre résistants, dans une petite église où se trouvait une statue de St Expédit.

Nommé préfet, il s’empresse de faire construire un oratoire dans la falaise d’une des premières rampes de la Montagne (hauts de St Denis) ou il dépose une statue pour continuer son culte. Quelques jours plus tard il constate qu’elle a été brisée, et met donc une autre statue, qui connaît le même sort, puis une troisième. Elle est de nouveau brisée. Le préfet décide alors de faire garder l’oratoire par un gardien de la paix. On saura plus tard que le briseur de statues était une dame de la haute société dionysienne ( habitante de St Denis) désireuse d’appliquer les consignes de l’Église luttant contre la superstition.

En 1973, un autre observateur, Jean Ravenal, constate que les Réunionnais y montre généralement une piété fervente, même si elle ne s’exprime pas toujours dans une esthétique recommandable. A tout moment : dans les hameaux, au coin d’une case au détour d’un virage, à hauteur d’homme ou au ras du sol, une niche est creusée. Elle est quelquefois si petite qu’elle passerait même inaperçue à des yeux non prévenus. A la Réunion, en 20 ans, les oratoires qui lui sont dédiés se sont multipliés par quatre.

L’emplacement des oratoires n’est pas le fruit du hasard. Ces endroits ont été le plus souvent le lieu d’un accident mortel de la route ou d’un assassinat.

En principe l’endroit où le sang a coulé devient un lieu sacré et doit être entouré de respect où les gens se signent et ôtent leur chapeau en passant. Ces oratoires sont le plus souvent dédiés à Saint Expédit où les gens viennent prier fréquemment. On pense d’ailleurs que les prières faites là sont toujours entendues, les grâces sollicitées toujours exaucées. Certains viennent même y prier et allumer des bougies trois vendredis de suite à midi pour être exaucés.

Le culte voué à Saint Expédit, culte assez discret, s’exerce pratiquement sur toute l’Île. Il est invoqué aussi bien par les catholiques que par les hindous pour dénouer les affaires embrouillées, pour aider à gagner un procès douteux ou pour accélérer les dénouements qui tarde à se concrétiser ».

Merci Corinne pour ces renseignements. Quant à Gaugéric, qui a demandé pourquoi cette statue se trouvait à Vallière, ses souvenirs sont plus prosaïques : ils ont pu terminer une randonnée tard dans la soirée, grâce aux bougies  ‘empruntées’ sur ces oratoires.

Mais nous n’avons toujours pas la réponse à sa question. Qu’est-ce qui explique l’existence d’une statue de Saint Expédit à Vallière. Et une statue grise, non pas rouge flamboyant comme à la Réunion.

G.C.