Communiqué suite au plan de déconfinement annoncé par le Premier ministre
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Communiqué suite au plan de déconfinement annoncé par le Premier ministre

DiocèseLes mots de l'évêque

Publié le 29 avril 2020

Sans sous-estimer un instant l’extraordinaire complexité du chantier de déconfinement et les nombreux enjeux humains qu’il concerne et en réaffirmant la loyauté des catholiques vis-à-vis des institutions de notre pays, je veux cependant réagir sur la reprise autorisée des cultes retardée au 2 juin. Depuis le début du confinement,  nous avons non seulement supporté comme tout le monde ses contraintes, mais avons voulu aussi prendre pleinement notre part pour lutter contre ce virus au prix de grandes souffrances (pensons aux conditions des visites aux mourants et de la célébration des obsèques).

Ma réaction ne vise ni à défendre un intérêt catégoriel, ni à soupçonner une défiance vis-à-vis des religions et spécialement de la religion majoritaire dans notre pays. Mais comment ne pas s’étonner fortement en constatant la reprise d’activité accordée depuis un moment déjà à des commerces tels que les chocolatiers ou la réouverture prévue à partir du 11 mai des médiathèques – toutes activités extrêmement utiles au bien de l’homme ! – et les cultes confinés durant un mois supplémentaire ?

Plus que de la défiance, j’y lis une méconnaissance et probablement une mésestime de ce que représente la dimension religieuse de l’humanité. N’est-ce pas au moment précis où cette crise nous fait douter profondément de la culture techno-scientifique, des recherches transhumanistes et du bien-fondé de la fuite en avant dans une croissance et une consommation exponentielles, qu’il faut permettre de réfléchir au sens de la vie ? N’est-il pas urgent de reconsidérer notre rapport à la vulnérabilité, aux plus pauvres, à la nature et à la transcendance ? N’est-ce pas au cœur de l’épreuve que nous avons besoin de la paix et de la confiance auxquelles permettent d’accéder la dimension spirituelle et religieuse de l’homme et de la femme ?

Nos églises sont vastes. Le plan de déconfinement précis et exigeant présenté aux services du Premier ministre – avec un accueil très favorable – par la Conférence des Évêques de France permettait de célébrer le culte catholique dans des conditions de sécurité sanitaire impossibles à assurer dans beaucoup d’autres activités autorisées à reprendre. Les diocèses ruraux en particulier, souvent plus épargnés par la pandémie, auraient pu proposer à nouveau avec prudence les activités cultuelles. Pourquoi ne pas permettre ici comme dans d’autres domaines une adaptation selon les départements ?

Douze semaines de privation du culte ne sont pas anecdotiques, c’est une blessure profonde qui s’ajoute à toutes les autres et que ressentent de nombreux catholiques. Je ne comprends pas le choix retenu. J’interroge donc sur sa pertinence tout en réaffirmant ma loyauté vis-à-vis des autorités de notre pays.

Je prie pour que nos gouvernants ne participent pas à amputer l’humanité d’une partie essentielle de ce qui la constitue. Je prie pour que la confiance absolue des chrétiens en l’amour de Dieu demeure inentamée. Il ne nous abandonne pas et nous appelle à donner le meilleur de nous-mêmes pour être, plus que jamais fidèle à suivre Jésus-Christ en toute chose, en particulier dans le service des plus pauvres, qui crient vers Lui et vers nous.

† Pierre-Antoine Bozo

Évêque de Limoges