Homélie pour la fête des porteurs de la Châsse
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Homélie pour la fête des porteurs de la Châsse

Les mots de l'évêque

Publié le 18 novembre 2019

Saint Michel des Lions – 17/11/2019 – 33 ° C

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Il commence à faire froid, l’hiver approche. Les temps sont durs. Nous aurions besoin d’être réconfortés…  L’évangile partait d’ailleurs sur une note plutôt positive : les disciples rassemblés devant le splendide temple de Jérusalem admirent sa beauté, veulent faire partager leur enthousiasme à Jésus. Mais Jésus les prend à contre-pied : tout cela est très beau,  mais tout sera détruit. Il n’en restera pas pierre sur pierre.

Comme vous êtes observateurs, il ne vous a pas échappé que ces textes à tonalité apocalyptique reviennent chaque année à pareille époque : nous approchons de la fin de l’année liturgique. Elle se conclura dimanche prochain avec la fête du Christ Roi. La fin de l’année liturgique évoque donc symboliquement la fin de l’histoire, la fin des temps, le jour du Seigneur.

Nous ne savons pas quand ce jour arrivera. Nos connaissances scientifiques et notre foi affirment toutes les deux que le temps de l’histoire est limité. Limité par une fin dont nous ne connaissons pas la date.

Jésus évoque les signes avant coureurs de cette fin : guerres, soulèvements, tremblements de terre, persécutions, pestes, famines, faits terrifiants. Toutes les époques traversent avec une intensité plus ou moins grande ces évènements tragiques. Cette dimension tragique de l’histoire des hommes est donc prise en compte dans le projet de Dieu. Cela nous aide à nous situer devant l’histoire humaine.

– D’abord nous avons le droit d’en admirer les belles réalisations. Il y a des réalisations magnifiques du génie humain. Mais tout cela sera un jour ou l’autre englouti. Si l’Eglise du Christ a reçu les promesses de la vie éternelle, l’église Saint Michel des Lions sera pourtant détruite un jour, probablement par l’usure du temps, peut-être par un tremblement de terre ou une persécution…

Du coup, nous avons bien le droit d’y être attaché, c’est légitime et beau. Et le beau est un chemin vers Dieu. Mais cela demeure relatif. Notre vrai attachement doit être ailleurs. Dans ce qui ne passe pas. Ce qui ne passe pas, c’est la Parole de Dieu. « Le Ciel et la terre passeront, mais mes Paroles ne passeront pas ».

C’est pour cela d’ailleurs que l’église Saint Michel a été construite : pour qu’on y entende la Parole de Dieu. Pour qu’elle y résonne de génération en génération. Pour qu’elle y soit donnée sous la forme merveilleuse du Pain de Vie. Cette église disparaîtra, mais la Parole demeurera. Cette demeure nous indique une autre demeure qui est notre vraie patrie : le cœur de Dieu, un cœur brûlant d’amour, brûlant comme la fournaise dit le prophète Malachie.

Ce qui demeure pour l’éternité, ce qui ne mourra jamais, c’est la charité. Ce ne sont pas les réalisations de la civilisation des hommes, aussi belles soient elles.

Le ciel et la terre passeront. Mais ce que nous avons fait par amour demeurera. Tout le reste est de l’ordre des moyens. C’est pourquoi en cette journée mondiale des pauvres, voulue par le Pape François, nous sommes invités à un examen de conscience.

Nous célébrons aujourd’hui la fête de la confrérie des porteurs de la chasse de Saint Martial. Cette confrérie fait partie de la culture limousine. Elle a partie liée avec son histoire chrétienne. La chasse contenant les reliques de Saint Martial, conservée en cette église est lourde, très lourde. Ses porteurs quelques fois par an, l’expérimentent dans leur chair.

Mais ce qui est lourd, ce n’est pas Saint Martial. C’est l’oeuvre d’orfèvres très doués qui ont créé cette chasse pour mettre en valeur ses reliques. Il faut donc porter cette lourde chasse qui est l’œuvre des hommes. Mais l’œuvre de Dieu, c’est Saint Martial et c’est plutôt elle qui nous porte. La sainteté n’est pas lourde ! Les porteurs portent la chasse, mais Saint Martial porte les porteurs.

Les saints nous indiquent le vrai but, dont aucun tremblement de terre, aucune épidémie, aucune guerre, ne peut nous détourner : c’est de vivre de l’amour du Dieu et de lui rendre témoignage en parole et en actes. Pour vous stimuler, je voudrais vous inviter à un petit exercice très simple : lisez le message du Pape François pour cette troisième journée mondiale des pauvres. C’est un excellent stimulant. Amen.

 

† Mgr Pierre-Antoine Bozo