Homélie pour la solennité du Christ Roi
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Homélie pour la solennité du Christ Roi

Les mots de l'évêque

Publié le 25 novembre 2019

Dimanche du Christ Roi (C) – Solennité de Sainte Valérie

Cathédrale Saint Etienne – 24 nov 2019

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Dans quelques mois, nous élirons les maires de nos communes. Pour être élus, ils vont vanter leur capacité à gouverner, à réformer autrement et mieux que leurs concurrents. Il y a parfois, dans ce spectacle où chacun se met en valeur, un risque d’idolâtrie du pouvoir, sinon de soi.

Mais ne méprisons pas l’engagement politique. Nous avons besoin d’être gouvernés et s’il se mêle une part d’ambition personnelle chez les candidats, il y a souvent le désir de servir, de donner de son temps et de sa personne pour la cité. Vécu dans une perspective chrétienne, l’engagement politique est même « la plus haute forme de charité », selon Saint Paul VI, puisqu’il s’agit de rechercher le bien à l’échelle la plus large possible.

Je voudrais mettre en perspectives ces échéances électorales avec un programme politique infiniment plus ambitieux, décliné dans l’épitre de Saint Paul aux Colossiens. Il propose rien moins que « d’avoir part dans la lumière, à l’héritage du peuple saint, d’être arraché au pouvoir des ténèbres, rachetés, pardonnés, réconciliés et d’entrer dans le Royaume de Dieu ». Ce programme dépasse toutes les promesses de ce siècle, il concerne non seulement notre vie ici-bas, mais notre vie dans l’au-delà.

Vous trouvez cela abstrait ? Écoutons l’Évangile : on ne peut faire plus personnel et concret. Le premier bénéficiaire de ce programme de salut est un malfaiteur. Condamné par la justice des hommes, Il est sauvé par le Christ et héritier du Royaume.

Dans un Royaume, il faut un roi. Nous n’avons pas à l’élire, c’est plutôt nous qui sommes élus, appelés par lui. Voyez surtout comme il règne : pauvre, crucifié, moqué, couronné d’épines, sur le trône de la Croix surmonté de son écriteau : « celui-ci est le roi des juifs ». Cet écriteau est une condamnation. Notre malfaiteur, que la tradition a prénommé Dismas, devenu sur sa croix un bon larron, a interprété cet écriteau comme la proclamation de la vérité. Jésus est Roi, à travers lui Dieu règne, malgré les apparences Car peut-on moins ressembler à un Roi ?

Son pouvoir n’est pas de ce monde, il ne gouverne pas à la manière du monde, mais par le don de sa vie sur cette Croix d’infamie. Il s’agit, écrit le Pape Benoît XVI du « plus grand acte d’amour de toute l’histoire[1] ». Cette vie livrée, c’est la vie même de Dieu, plus puissante que nos échecs, nos péchés, nos morts.

Ce salut, direz-vous n’est pas encore un triomphe bien visible… En fait, pour qu’il le soit, il faut l’accueillir de deux manières : dans la foi, qui nous fait croire et espérer que tout dans le Christ aura son accomplissement total, sera récapitulé, que le dernier mot de l’histoire est la victoire du ressuscité et de tous les hommes en Lui. En cela il est Roi de l’univers.

Mais ce salut s’accueille aussi dans notre vie pratique, concrète, d’ici et maintenant. Ce Sauveur nous propose d’être ses disciples, de mener une vie sainte. Et quand les hommes vivent saintement, ils transforment tout autour d’eux, ils introduisent les autres dans une vie meilleure, le salut annoncé se réalise déjà et le Royaume s’approche.

L’exemple de Martial et de Valérie est éloquent de ce point de vue. La sainteté du premier a entraîné la conversion de la seconde. Valérie se convertit au contact de Martial. La foi vive qu’elle embrasse lui interdit toute compromission avec le paganisme, au prix de sa vie. Elle meurt saintement, comme « contaminé » par la sainteté de Martial.

Cette histoire du temps d’Augustoritum, des premiers moments de la vie chrétienne de notre cité, est conservée amoureusement par les confréries, dont je salue le travail précieux.

Mais elles savent qu’elles ne sont pas seulement des conservatoires de la sainteté passée, mais aussi des laboratoires de la sainteté, actuelle. Car nous aussi, aujourd’hui, nous sommes « rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière » selon les mots de feu de Saint Paul.

Par vous chères consœurs et confrères, la mémoire des saints vient réveiller nos endormissements, ouvrir nos cœurs à ce Roi qui ne règne encore que dans une trop petite part de notre monde car il ne règne que dans une trop petite part de notre vie à chacun.

Offrez-lui encore, en cette solennité, tout ce que vous n’avez pas encore exposé à sa grâce, tout ce que vous gardez pour y régner vous-mêmes en maîtres, au lieu de lui laisser la place.

C’est le combat de toute la vie, de laisser le Christ régner en nous. Comme l’écrit avec justesse saint Augustin : « Si le Christ ne me trouve pas victorieux, qu’il me trouve au moins combattant ! ». Ainsi soit-il !

† Mgr Pierre-Antoine Bozo

[1] Benoît XVI, homélie du Christ Roi, 25 nov 2007